Comment de bons interprètes sauvent une partition de second plan

par
Adelaide

Gioacchino ROSSINI
(1792-1868)
Adelaide di Borgogna
M. Gritskova (Ottone), E. Sadovnikova (Adelaide), B. Anderzhanov (Berengario), M. Zubieta (Eurice), G. Vlad (Adelberto), Y. Watanabe (Iroldo), C. Lewenberg (Ernesto), Camerata Bach Choir, Poznan, Virtuosi Brunensis, dir.: Luciano ACOCELLA
2017-Live-DDD-2 CD 75'12'' et 47' 31''- Textes de présentation en anglais et en allemand- pas de livret-chanté en italien-Naxos 8.660401-02

Décidément, Rossini a le vent en poupe : à peine Naxos vient-il de faire paraître un Sigismondo, que la flamboyante soprano lettonne Marina Rebeka enregistre un récital d'airs d'opéras, d'Otello à Moïse et Pharaon (BR Klassik). Et voici que Naxos, à nouveau, sort un opéra très rare, cette Adelaide di Borgogna. Créé en 1817, situé entre deux chefs-d'oeuvre (Armida et Mosè in Egitto), il n'a connu aucun succès et fut même qualifié de "plus mauvais opéra de Rossini" (un peu comme Alzira chez Verdi). En voici une troisième version, après celles d'Alberto Zedda (Fonit Cetra) et de Giulinao Carella (Opera rara). Que faut-il en penser ? L'intrigue n'est ni meilleure ni pire que celle de l'époque, et les situations dramatiques peuvent se révéler intéressantes : Berengario veut marier Adelaide à son fils Adalberto, mais la belle lui préfère Ottone, empereur d'Allemagne. Lieto fine. L'opéra commence très bien. D'abord une ouverture pimpante de la meilleure eau (reprise de La Cambiale di matrimonio), joli choeur d'entrée, puis un ensemble excellent : "Ah! crudel, non lusingarti". Après, les choses se gâtent. Les récitatifs sont longs, les chanteurs font ce qu'ils peuvent - et très bien - mais Rossini semble fort routinier tout au long de ce premier acte assez languissant. Il est vrai qu'il n'a disposé que de trois semaine pour écrire sa partition. Globalement plus réussi, le second acte contient quelques belles pages, comme ce duo entre Adalberto et Adelaide "Della tua patria ai voti", le grand air d'Adalberto "Grida, natura" et surtout le quatuor "Adelaide ! Oh ciel ! Che vedo ?", peut-être le plus beau moment de la partition. Quant au finale, réunissant les quatre personnages principaux et le choeur, il est bien enlevé et termine assez brillamment une partition quand même mineure. Il faut toute la puissance, toute la force d'une équipe pour transcender l'inspiration parfois défaillante du compositeur. Un exemple typique en est le duo Ottone/Adelaide au premier acte, très conventionnel, mais magnifiquement chanté par M. Gritskova et E. Sadovnikova. Ces deux chanteurs sont de bout en bout admirables, tant par leurs aigus brillants que par le soin apporté à leurs nombreuses vocalises. Bel Adalberto de G. Vlad, au rôle très virtuose, tandis que B. Anderzhanov compose un parfait "méchant", puissant et sûr. Citons aussi, dans un petit rôle, la jolie Eurice de M. Zubieta. Comprimarii corrects. Soulignons la belle prestation du choeur, assez sollicité, et surtout l'enthousiasme du chef, qui soulève celui de toute la troupe. Rappelons enfin qu'il s'agit d'un live de représentations de juillet 2014 au Festival Rossini in Wildbad, festival fondé en 1989 et dédié au bel canto, et plus spécialement à Rossini.
Bruno Peeters

Son 9 - Livret 9 - Répertoire 8 - Interprétation 9

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