B. Le Concerto pour piano de Schumann - 1er Mouvement Allegro affettuoso

par

COMPOSITION DE L’ORCHESTRE

2 flûtes, 2 hautbois, 2 clarinettes (en La et en Si bémol), 2 bassons, 2 cors (en Ut, Mi, Fa et La), 2 trompettes (en Ut et en Ré), Timbales, Violons I, Violons II, Altos, Violoncelles, Contrebasses. [NB. Pour les instruments transpositeurs, les extraits de partitions noteront ici les sons réels, c'est-à-dire les sons réellement entendus]

Ier MOUVEMENT : Allegro affettuoso
(gai, vif, allègre – tendrement, affectueux)

Le premier mouvement, originellement une Phantasie pour piano et orchestre composée en 1841 a cette fantastique particularité d’allier le caractère Phantasie à une Forme Sonate rigoureuse avec Exposition – Développement – Réexposition.

Qu’est-ce qui lui fait garder le caractère « Phantasie » ?
- le fait qu’un seul thème générateur déterminera tout le mouvement. Ce thème générateur sera soumis à divers tempi, à diverses métriques, autant de caractères différents. On peut toutefois choisir l’option de décomposer ce thème générateur en deux thèmes A et B comme c’est le cas ci-dessous, en étant conscient que B découle directement de A.
- le fait que, contrairement à l’habitude, il n’y a pas d’introduction orchestrale (si ce n’est le bref premier accord en nuance forte.
- le fait que par rapport au Concerto dans sa forme originelle qui fait « concertare », rivaliser le soliste et l’orchestre, il s’agit davantage ici d’un fin dialogue entre le soliste et l’orchestre, comme on le retrouve dans la musique de chambre. On peut parler d’une musique de chambre amplifiée.

Le premier mouvement est construit sur une forme « sonate » rigoureuse :
- Mesures 1-155
, une EXPOSITION  formée de deux thèmes :

  • mesures 1-58, un premier thème (A) dans la tonique (la mineur),
  • mesures 59-155, un second thème (B) dans le relatif majeur (do majeur),

- Mesures 156-258, un DEVELOPPEMENT sur les différents thèmes ici échelonné en trois parties (D1, D2 et D3)

- Mesures 259-397, une REEXPOSITION des deux thèmes :

  • mesures 259-311, le premier thème (A) toujours dans la tonique (la mineur),
  • mesures 312-397, le second thème (B) également dans la tonique majeure (la majeur)

- Mesures 398-457, une CADENCE (spécifique aux œuvres concertantes)

- Mesures 458-544, une CODA La « ligne du temps » de ce mouvement a ainsi la structure suivante (les chiffres indiquent la numérotation des mesures) :

EX9

ECOUTE

EXPOSITION
Mes.1            T = 0’ 0’’
Dans un bel effet de surprise, l’orchestre énonce un unisson à la dominante mi et est suivi directement par l’entrée du piano solo en grappes d’accords descendants en appogiatures qui, en moins de trois mesures, orchestra tacet, imposent la tonalité de la mineur. EX1


Mes. 4                       T = 0’ 6’’
Thème A. A la mesure 4, les hautbois et les bassons accompagnés des cors et des clarinettes énoncent –espressivo (expressif) dans la nuance piano (doucement)- le splendide premier thème du concerto qui sera tout de suite repris par le piano solo à la mesure 12.
EX10 Ter


Mes. 19                      t = 0’ 47’’
A la mesure 19, le piano se lance dans une série d’arabesques à la main droite, tandis que la main gauche, accompagnée des premiers violons, énonce une mélodie en gamme descendante typiquement schumanienne.
EX11 ter


Il génère à la mesure 25 un nouveau motif de 7 notes (motif 3) exposé en do majeur par les cordes et directement transposé en mi mineur par les bois :

Mes 25                       t = 0'59"
MOTIF 3
Schumann_Ex_12-1


Ce motif va être manipulé par le dialogue entre le piano et l’orchestre. Schumann opère ici un développement par fragmentation (mesures 35 à 39) et par extension (mesures 41 à 45). Après une nouvelle affirmation du motif 3 en tutti (tout l'orchestre), le piano entame la transition vers le second thème,


Second thème (Thème B) -issu du Thème A- qu'il énoncera à la mesure 59 en do majeur, la tonalité relative majeure du la mineur initial requise par les canons de la "forme sonate" de l'époque.
Mes. 59                      t = 2’ 6’’
EX13Quattro


Subrepticement, la reprise à l’orchestre va permettre à la clarinette d’énoncer animato (animé) et piano espressivo une variation du thème initial qui deviendra le noyau du premier thème du troisième mouvement tandis que le piano accompagne cette variation de volubiles arpèges descendantes et poursuit sa route.


[Thème A du 3e mouvementEX-30Bis

]

Le thème évolue comme une couleuvre en mouvement, et à la mesure 95 la clarinette énonce une dernière fois et à deux reprises le thème prédestinateur du 3ème mouvement que le hautbois complète par une légère variation du MOTIF 3 -qui était apparu à la mesure 25- et lui ajoute une courte terminaison au hautbois

Mes. 95                     t = 3’ 13’’
Mes_95

 


Cette nouvelle dimension nourrit la poursuite de l’exposition, tâche que Schumann délègue au piano solo.
A la mesure 112, dans un a tempo animato, on se dirige vers la conclusion de l’exposition sur un thème dérivé du motif 2, 2e partie du thème générateur dont la ligne harmonique résonnera à la basse du piano 9 mesures plus tard :

Mes. 112                    t = 3’ 34’’
EX15      


Quelques octaves brillantes du soliste amènent au tutti rayonnant de l’orchestre qui reprend forte le rappel insistant de ce motif. C’est la conclusion de l’exposition et la transition vers le développement. L'exposition avec ses deux thèmes (le second dérivé du premier) est maintenant terminée. Ecoutons-la en entier, car elle déterminera l'entièreté de ce premier mouvement.


DEVELOPPEMENT

On ne remarque qu’à peine son entrée car le piano envoûte directement l’auditeur par une brutale rupture d’atmosphère : Andante espressivo (modéré, allant et expressif)

Il va se dérouler en trois sections :
- Section D1 : Mes. 156     t = 4’ 32’’
A la mesure 156, la parole revient au piano, Andante expressivo, qui transforme la beauté du thème initial en une phrase méditative de trois mesures en La bémol Majeur. Les violons répètent la seconde descendante expressive (mi b - ré b) que le piano vient d’émettre et le thème est repris à la clarinette. Le nocturne se poursuit.
SchI_-_16_Quattro


- Section D2 :
 Mes. 185     t = 5’ 55’’

Un bref intermezzo exploite les ressources virtuoses des trois premières mesures introductives du Concerto dans un combat serré entre le piano et l’orchestre : EX7A-TER


Pendant vingt mesures, le piano solo affronte la puissance orchestrale
Section D3 : Mes. 205    t = 6’ 25’’
pour s’imposer dans un rayonnant piu animato à la mesure 205 à nouveau construit sur le motif « Clara » :
EX17


Le piano doublé par les flûtes engage ici le dialogue alors avec l’orchestre dans un long passage tout en modulations toujours construit sur le thème initial de Clara chanté ici au départ en sol majeur et qui, clôturant le développement, amène à la

REEXPOSITION
Réexposition dans les circonstances initiales : les hautbois et les bassons réimposent la calme sérénité du thème principal : Mes. 259    t = 7’ 26’’
EX18


La réexposition est identique à l’exposition si ce ne sont quelques variations requises par les modulations nécessaires pour introduire le second thème sous le nouvel éclairage de la tonalité de La Majeur, cette tonique de La étant exigée par la forme classique dite « sonate » rigoureuse. Pourquoi La Majeur plutôt que la mineur ? Souvenons-nous qu’au départ ce mouvement était une Phantasie. La Majeur sera également la tonalité du troisième mouvement.

Mes. 312    t = 9’ 23’’ EX19


La réexposition du second thème et de ses extensions continue dans les mêmes conditions jusqu’à la mesure 399 où intervient la

CADENCE, cette partie réservée au soliste qui, habituellement trouvera là l'occasion de briller. Ce ne sera pas le cas ici. On peut imaginer que le compositeur l’aurait conçue comme un répertoire de développements alternatifs qui pourraient être la source d’une nouvelle oeuvre.
La cadence est également en 3 sections :
- Section 1 : d’écriture polyphonique (horizontale),
Mes. 399 t = 11'36''
SCHUMANN_CADENCE_I


- Section centrale :
  en accords

- Section 3 : un poco andante (un peu modéré, allant) reprend, sur des trilles de la main droite, le thème initial (Clara) à la main gauche suivi d'arpèges en rythmiques variées pour, au bout de 24 mesures, rappeler l'orchestre sur un long trille, ce dernier entamant la

CODA sur le même thème de Clara rythmiquement modifié, en la mineur, mesure 2/4, Allegro molto  Mes. 458       t = 13’ 35’’

EX21BIS


C'est le ferment d'une CODA aristocratiquement dominée et pourtant éblouissante de virtuosité, une dernière variante du thème générateur, qui conclut le mouvement sur quatre accords cadentiels du soliste et de l’orchestre réunis.

2e MOUVEMENT : INTERMEZZO - ANDANTINO GRAZIOSO

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