Couleurs et contrastes à l’ONB

par
Pierre Bartholomée

Pierre Bartholomée

Pierre BARTHOLOMEE
(°1937)

Deuxième symphonie, création mondiale
Joseph HAYDN
(1732-1809)
Symphonie concertante en si bémol majeur pour hautbois, basson, violon, violoncelle et orchestre Hob.I :105 – Symphonie n°102 en si bémol majeur Hob.I :102
Jörg WIDMANN
(°1973)
Elégie pour clarinette et orchestre
Orchestre National de Belgique, Garrett Keast, direction – Jörg Widmann, clarinette – Dimitri Baeteman, hautbois – Luc Loubry, basson – Filip Suys, violon – Olsi Leka, violoncelle – Teodoro Anzellotti, accordéonIl est des concerts, et plus particulièrement des programmes, auxquels on aimerait assister plus souvent. Tel fut le cas du concert donné vendredi soir à Bozar par l’Orchestre National de Belgique dans un programme alliant subtilement couleurs et contrastes. Mais plus encore, c’est notamment par le choix des œuvres présentées et l’articulation du programme que l’ONB ne pouvait que briller ce soir : deux grandes pages de Haydn chacune précédées d’une création mondiale de Pierre Bartholomée (Deuxième symphonie) et de l’Elégie pour clarinette et orchestre, pièce écrite en 2006 par Jörg Widmann. Coller ainsi trois esthétiques totalement différentes, du classicisme haydnien aux langages tantôt déstructurés tantôt explorant des techniques instrumentales modernes, fut donc un choix judicieux et en parfaite adéquation avec la thématique du concert. Et malgré un changement de dernière minute de baguette (Garrett Keast en remplacement de Xian Whang), rien n’est venu altérer la qualité d’interprétation des artistes réunis ce soir. Ouvrant donc le programme, la pièce de Pierre Bartholomée fut une belle démonstration de la capacité de son créateur à agencer une multitude de détails, de couleurs, de dynamiques, d’effets sonores, en un seul large mouvement (Andante ostinato). Commande de l’ONB, l’œuvre se destine à un effectif moyen comprenant entre autres harpe, piano et célesta et se rapproche volontiers, selon les mots de Pierre Bartholomée, de son deuxième opéra, La Lumière Antigone, et la notion le tempo unique. Sorte de long cortège où évènements se succèdent de manière progressive, l’ONB en a tiré de belles couleurs grâce à une baguette visiblement confiante et assurée dans laquelle la structure et la construction semble aboutie. Que ce soit dans la Symphonie concertante ou dans la Symphonie n°102 de Haydn, Garrett Keast a déployé la même assurance avec toujours cette baguette colorée, énergique et à l’affut du moindre contraste. Il en ressort déjà, et ce n’est pas anecdotique, de beaux sourires des artistes de l’ONB. D’une part, sans doute, dans le fait de pouvoir accompagner des collègues de pupitre le temps d’une soirée, et d’autre part une réjouissance perceptible de jouer un tel répertoire, souvent considéré comme facile, mais qui en réalité ne l’est pas. On saluera le très expressif hautbois de Dimitri Baeteman et le basson dynamique et juste de Luc Loubry, les deux instruments en parfaite harmonie avec le violon de Filip Suys qui ne cesse de dialoguer tant avec ses collègues solistes que ceux de l’orchestre, et le violoncelle chantant d’Olsi Leka. Dans la Symphonie, coup de cœur de la soirée, Garrett Keast tire ce qu’il y a de meilleur de l’orchestre, des dynamiques grâce à des tempi plutôt modérés mais justes, aux nombreuses couleurs que permet la construction harmonique de l’œuvre. Avec l’Elégie, c’était l’occasion d’écouter à nouveau l’incroyable clarinette de Jörg Widmann dans une œuvre complexe où l’alliance de la clarinette et l’accordéon apporte de surprenantes couleurs et sonorités, en plus des effets provoqués par les limites techniques de l’instrument, source inépuisable d’expressivité.
Ayrton Desimpelaere
Bruxelles, Bozar, le 28 avril 2017

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