De François Villon à Edward Bond

par
Henze

Hans Werner HENZE
(1926 - 2012)
Lieder von Einer Insel–Orpheus Behind the Wire–Fünf Madrigale
Ensemble Modern, SWR Vokalensemble, dir. : Marcus CREED
DDD–2017–62’ 48’’–Texte de présentation en allemand et anglais–SWR Classic 19049 CD 

Hans Werner Henze a été un créateur à la fois exigeant et paradoxal, dont il n’est pas facile de circonscrire l’esthétique et le style pour la bonne et simple raison que ceux-ci n’ont jamais reposé sur des bases doctrinales bien précises, sauf peut-être dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, quand le compositeur ne jurait que par l’atonalité. Ses nombreuses œuvres lyriques, opéras et lieder, en sont l’illustration la plus parfaite : tantôt sérielles, tantôt néo-classiques, tantôt encore faites de collages ou d’emprunts – ce qui a fait dire au critique Christian Leblé que Hans Werner Henze était « un fouineur de théâtre musical ». Beaucoup d’entre elles sont très marquées par ses opinions ouvertement procommunistes, voire révolutionnaires. En 1968, la police de Hambourg devait ainsi interdire la création d’un oratorio à la gloire de Che Guevara. À cette époque, Hans Werner Henze passait du reste volontiers pour un habile provocateur, et parfois même pour un imposteur, car tout le monde savait qu’il était très riche et qu’en Italie, où il s’était installé depuis 1953, il vivait sur un grand pied.
Les trois œuvres de ce disque constituent des cycles de lieder. La plus ancienne, Fünf Madrigale, date de 1947 et s’articule autour de cinq poèmes de François Villon. Les cinq Lieder von Einer Insel ont été achevés, eux, en 1964 sur des textes de l’écrivain autrichien Ingeborg Bachmann, alors que Orpheus Behind the Wire sont de 1984 sur des textes du dramaturge londonien Edward Bond, un vieux complice de Hans Werner Henze pour lequel il a écrit des livrets d’opéra (notamment Peines de cœur d’une chatte anglaise, en 1983) et des arguments de ballet. Il y a, c’est certain, une unité de ton entre ces trois œuvres, quoique la dernière soit destinée à un chœur a cappella et qu’elle soit beaucoup plus dramatique que les deux autres. Cela tendrait à prouver que Hans Werner Henze est moins paradoxal, voire moins versatile, qu’on ne le prétend d’ordinaire, et que la diversité de sa musique n’est jamais qu’une question de circonstances. À se demander si, dans le registre du lied, il n’a pas trouvé un profond équilibre.
Jean-Baptiste Baronian

Son 8 – Livret 7 – Répertoire 7 – Interprétation 9

Vos commentaires

Vous devriez utiliser le HTML:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>