De l'émotion à la purification

par
Catharsis

CATHARSIS
Oeuvres de Conti, Orlandini, Torri, Vivaldi, Haendel, Hasse, Ariosti, Caldara et Sarro
Xavier SABATA (contre-ténor), Armonia Atenea, dir.: George PETROU
2017-DDD-66'-Texte de présentation an français et anglais-Aparté AP 143

On passera sur le visuel du cd, à tel point « inattendu » que j'ai vu ce disque classé au rayon pop du magasin où je me promenais dernièrement. On passera également sur les illustrations du livret qui semblent traduire la fascination de l'éditeur pour les mains et le crâne parfaitement rasé de l'interprète, captés en communion avec l'élément liquide... Heureusement, le disque, pour peu qu'on accepte le principe du saupoudrage qui visite différents compositeurs, est très réussi, lui. Ces dix pages se focalisent sur un aspect du nouveau genre qui prend son essor au début du 17ème siècle en Italie: l'opéra. Il faut rappeler à ce sujet que, dans l'esprit de ceux qui commencèrent à élaborer ces drames chantés, il n'était justement pas dans leur intention de faire du neuf mais bien de recréer le genre de déclamation qu'ils imaginaient avoir été celui utilisé dans les pièces de la Grèce antique, elles-mêmes inspirées par les théoriciens et philosophes, Platon et Aristote en tête. Toute représentation théâtrale doit avoir pour but de magnifier les passions humaines de telle manière que le spectateur, par l'intensité de l'émotion, se sente « purifié » (je reprends le terme de la notice). C'est ce qu'on appelle catharsis. Le programme fait donc la part belle à des pages, sombres souvent, qui étreignent l'auditeur, suscitent des sentiments tels que la peur ou la compassion. La pièce la plus saisissante est peut-être l'extraordinaire Gelido in ogni vena extrait de Il Farnace de Vivaldi, un air si célèbre en son temps qu'il fut réemployé par son auteur à de nombreuses reprises, un air qui rappelle le mouvement lent de l'Hiver des Quatre Saisons, où s'expriment tous les remords d'un père envers son fils disparu. Autre moment de toute beauté: la scène tirée d'Admeto de Haendel, incarné à l'époque par la « star » Senesino, qui se termine par l'admirable arioso Chiudetevi miei lumi. Côté négatif de ce genre de récital, la disparité des compositeurs convoqués joue en défaveur de ceux qui n'ont pas le génie de Vivaldi ou de Haendel. A côté de ces deux géants et leur musique si brillante et unique, les autres paraîtront en retrait, malgré leurs splendides qualités. Ainsi, on serait bien injuste de passer outre l'aria Or mi pento, extrait de l'oratorio La conversione di Sant'Agostino de Johann Adolph Hasse, écrit l'année de la mort de Bach, air où, à la fin de celui-ci, Saint-Augustin renonce aux plaisirs terrestres. La « plus noble simplicité et calme grandeur » que décrivait Rellstab est rendue avec toute la finesse nécessaire par un Xavier Sabata très émouvant par la douceur et l'intériorisation de son expressivité. C'est lui qui permet le succès de ce programme « exposé » car trop homogène sur le plan des sentiments et donc des climats. Notons également l'aérien Voi, d'un figlio tanto misero, digne du plus grand Haendel, tiré du Caio Mazio Coriolano d'Attilio Ariosti. Par comparaison, les extraits du Temistocle de Caldara ou de Il Valdemaro de Domenico Natale Sarro paraîtront bien plus conventionnels. Cette belle heure de musique sera en tout cas l'occasion de se familiariser quelque peu avec des noms bien absents des discothèques, tels Giuseppe Maria Orlandini et son Adelaide ou Francesco Bartolomeo Conti et Pietro Torri et leurs Griselda respectives. Un disque très intéressant dont la présentation quelque peu extravagante ne parvient pas à ternir le plaisir de l'écoute.
Bernard Postiau

Son 9 - Livret 6 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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