De quoi Jongen est-il le nom ?

par
Jongen
Joseph JONGEN (1873 - 1953) La Musique Mélodies pour soprano et quintette avec piano Claire Lefilliâtre (soprano), Oxalys 2016 - DDD- 45’47- Textes de présentation en français, anglais, néerlandais et allemand-Musique en Wallonie MEW 1684 Avec Joseph Jongen, on finit toujours -au risque d’être ingrat en présence d’un si manifeste talent- par devoir se poser la question de savoir si nous avons affaire à un petit grand maître ou à un grand petit maître. Il n’est bien sûr pas question de dénigrer celui qui fut un des plus importants et reconnus parmi les compositeurs belges de son temps, mais la présente parution consacrée à des mélodies peu connues -et qui mériteraient certainement de figurer de temps à autre au programme des sociétés de concerts ou des festivals de notre pays- amène à se reposer cette question. Tout d’abord, il s’agit de saluer la sensibilité réelle quoiqu’un peu convenue de Jongen dans ce choix de mélodies dont l’accompagnement confié au quintette à clavier plutôt qu’au piano seul témoigne d’un métier sûr et d’un goût très fin. Ensuite, bien des choses intéressent dans ces découvertes, à commencer par les envoûtants mélismes qui introduisent la Chanson roumaine qui ouvre ce disque (et on félicitera l’interprète d’avoir suivi le texte original d’Hélène Vacaresco qui parle de la Mort et de ses « yeux couleur du jour » là où le texte qui accompagne le cd en fait des « yeux couleur du four ».) Lorsqu’il s’agit de définir la manière de Jongen, on sent bien sûr la solidité de sa formation dans l’esprit de César Franck , mais on perçoit aussi une certaine affinité avec les mélodies de Duparc, Fauré ou même Rachmaninov, et il arrive que les parties instrumentales comme dans « Les Cadrans » présentent une belle couleur debussyste. Le côté bien élevé et policé du compositeur et cette façon qu’il a de ne jamais vouloir heurter (modestie qu’on peut admirer, mais qui donne souvent à sa musique un côté par trop retenu, voire timoré) ne l’empêchent pas de fournir par moments de la très belle ouvrage. On songe au poignant « Les Pauvres » sur un poème d’Emile Verhaeren, ou à l’ émouvante « Epiphanie des exilés » sur un beau texte de Franz Hellens évoquant les civils victimes de la Première guerre mondiale où on admire une belle ligne mélodique et le tact avec lequel Jongen aborde le sujet. De même, « Release » (Georges-Jean Aubry) est d’une infinie délicatesse. Quant au tardif « La musique » (1948) qui donne son nom à ce florilège, il traite le magnifique poème de Baudelaire avec beaucoup de beauté et dans une espèce de houle romantique. Ce répertoire méconnu est défendu avec beaucoup de conviction et de talent par la soprano Claire Lefilliâtre qui met au service de ces oeuvres un timbre pur et transparent, un magnifique phrasé, une remarquable justesse ainsi qu’un très subtil usage du vibrato. Malheureusement, on ne pourra pas être aussi élogieux pour ce qui est de sa diction (l’artiste est très économe de ses consonnes et le recours aux textes des mélodies est d’un grand secours). On ne dira en revanche que du bien des excellents musiciens de l’ensemble Oxalys qui sont, bien plus que des accompagnateurs, d’excellents partenaires de la chanteuse (et quel luxe de pouvoir compter sur rien moins que Jean-Claude Vanden Eynden au piano). Patrice Lieberman Son 10 - Livret 9 - Répertoire 8 - Interprétation 8

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