Débuts berlinois à la française pour Robin Ticciati

par
Ticciati
Gabriel FAURE (1845 - 1924) Prélude de Pénélope - Pelléas et Mélisande (orchestration de Charles Koechlin). Claude DEBUSSY (1862-1918) Ariettes oubliées (orchestration de Brett Dean), La Mer Magdalena Kožená, mezzo-soprano. Deutsches Symphonie-Orchester Berlin, Robin Ticciati 2017-DDD- Livret en anglais, allemande et français. Texte chanté en français, traduction en anglais. Linn. CKD 550 Comme il est de coutume, le jeune chef anglais Robin Ticciati, qui prend actuellement ses fonctions de directeur musical du Deutsches Symphonie-Orchester Berlin, fête son arrivée avec la parution d’un disque au pupitre de sa nouvelle phalange. Venant après le mandat plutôt terne de Tugan Sokhiev, le jeune virtuose britannique aura besoin de tout son charisme et de son incontestable talent pour galvaniser un orchestre dont l’identité souffre toujours de la richesse de la vie musicale berlinoise. Ce premier album est déjà l’occasion de marquer une rupture avec l’héritage discographique de cet orchestre dont la plupart des témoignages récents furent enregistrés dans le répertoire austro-allemand ou russe sous les baguettes de ses chefs : Riccardo Chailly, Vladimir Askenazy, Kent Nagano, Ingo Metzmacher ou Tugan Sokhiev. Robin Ticciati met le cap sur la France fin-de-siècle avec un album intelligemment construit autour de Fauré et Debussy. Dans le prélude de l’opéra Pénélope et dans la suite Pelléas et Mélisande, la battue très racée et élégante du chef bute sur un orchestre plutôt mat dans ses sonorités et qui manque de richesse de couleurs et d’individualités. Michel Plasson à Toulouse (Warner) dirigeait un orchestre moins discipliné et rigoureux mais plus suggestif. Pièce maîtresse de ce programme La Mer pâtit d’une lecture assez inégale. Car si « De l’Aube à midi sur la mer » peine à décoller, on retrouve un élan dans les mouvements « Jeux de vagues » et « Dialogues du vent et de la mer ». Pourtant, si techniquement l’orchestre est parfait, affuté et précis, il manque l’universalité moderniste d’un Boulez (avec le Cleveland Orchestra chez DG), la magie sonore d’un Claudio Abbado (avec le Lucerne Festival Orchestra pour DG), sans oublier l’énergie fauviste de Charles Munch à Boston (RCA). Venue en voisine, la mezzo-soprano Magdalena Kožená (Madame Simon Rattle à la ville) se glisse dans les Ariettes oubliées orchestrées par le compositeur Brett Dean. On salue le naturel et l’intelligence du texte de la chanteuse, mais on regrette un certain ennui chic et distingué. Ce disque est une carte de visite qui montre l’ambition du jeune chef à renouveler le répertoire et la visibilité de son orchestre. Techniquement la phalange fait bloc et répond aux sollicitations avec, comme toujours en Allemagne, un collectif impressionnant. Mais ce choix de répertoire, dans une discographie surchargée, même si très intelligent, n’atteint pas les sommets espérés par les précédentes réussites de Robin Ticciati dans Berlioz, Haydn ou Schumann. Pierre-Jean Tribot Son 10 - Livret 10 - Répertoire 10 - Interprétation 7

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