Découverte d'un talent prometteur, fauché par la première guerre mondiale.

par
George BUTTERWORTH (1885 - 1916) Idylle : The Banks of Green Willow - Six chants de A Shropshire Lad - Rhapsodie A Shropshire Lad - Deux idylles anglaises - Suite for quatuor à cordes - Trois chants de Love Blows as the Winds Blows - Fantaisie orchestrale James Rutherford, baryton, BBC National Orchestra of Wales, dir.: Kriss Russman 2016-SACD-75'32"-Texte de présentation en anglais, allemand et français - BIS-2195 C'est, en effet, à trente et un ans que George Butterworth est tué par un tireur d'élite allemand lors de la bataille de la Somme en août 1916. Son corps n'a jamais été retrouvé et son œuvre musicale est tombée dans l'oubli avec lui. Pourtant, formé au Trinity College d'Oxford et au Royal College de Londres, sa période créatrice couvre principalement les années 1911 à 1914 avec les compositions enregistrées ici. Quatre partitions symphoniques côtoient ici deux cycles pour voix et orchestre. Les œuvres symphoniques sont largement inspirées par des mélodies folkloriques comme l'indique explicitement le titre The Banks of Green Willow (littéralement un bois de saules verts). A Shropshire Lad (un gars du Shropshire, un comté anglais des West Midlands) est un cycle de 63 poèmes de Alfred Edward Housman (1859-1936) centré sur la personnalité de Terence Hearsay et la nostalgie de la vie rurale ; l'autre cycle, Love Blows as the Winds Blows (L'amour souffle comme les coups de vents), reprend des poèmes du Book of Verses de William Ernest Henley (1849-1903). Le romantisme affirmé du jeune Butterworth est loin des inquiétudes malhériennes ou des errances atonales des cinq pièces op. 16 de Schönberg pratiquement contemporaines. On pense plus à un Dvorák mâtiné de touches debussystes qui aurait choisi de séjourner au Pays de Galles plutôt qu'en Amérique du Nord. On se rappelle du Hans Sachs de James Rutherford dans les maîtres chanteurs de Nuremberg au Festival de Bayreuth de 2010 et 2011 où il avait montré ses qualités de musicalité précise. Il met ici toute sa sensibilité pour exprimer dans sa langue maternelle le romantisme rural des poèmes de Housman. C'est le compositeur Kris Russman qui s'est penché sur l'œuvre de Butterworth et a décidé de la ressusciter avec l'orchestre national de la BBC du Pays de Galles pour le centenaire de la disparition du compositeur. Signalons que Richard Hickox s'était déjà penché sur quelques opus (comme Love Blows as the Wind Blows, The Banks of Green Willow ou les six chants de A Shropshire Lad) dans différentes compilations de compositeurs anglais chez Chandos, mais l'anthologie présentée ici est de loin la plus complète consacrée à Butterworth. Noyés dans une ample sonorité et une superbe prise de son, voilà d'heureux moments à savourer avec un bon whisky gallois ; la découverte en vaut la peine et nous rendons ainsi hommage à un talent stupidement gaspillé dans les horreurs de la première guerre mondiale. Jean-Marie André   Son 10 – Livret 8 –  Répertoire 7 – Interprétation 10

Un commentaire

  1. Potard Yves

    Bravo pour ce superbe article qui contribue à faire connaître ce prestigieux compositeur dont le corps repose dans notre terre de Pozières à côté de milliers de soldats eux aussi disparus. Nous honorons sa mémoire chaque année le dimanche le plus près du 5 août date anniversaire de sa mort. Nous remercions Kriss Russman pour son initiative, nous sommes fiers de l'avoir accueilli encore en 2016 pour la commémoration du centenaire, et nous souhaitons que George Butterworth connaisse le succès qu'il aurait dû avoir si il avait pu ne pas être parmi ces centaines de jeunes hommes qui ne reviendront jamais.

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