Pas une découverte majeure, mais de la belle ouvrage

par
ouvrage

Sigismund NEUKOMM
(1778 - 1858)
Requiem à la mémoire de Louis XVI
Clémence TILQUIN (soprano), Yasmina FAVRE (mezzo-soprano), Robert GETCHELL (ténor), Alain BUET (baryton), Choeur de chambre de Namur, La Grande Ecurie et la Chambre du Roy, dir. : Jean-Claude MALGOIRE
2016-61' 43''-textes de présentation en français, anglais et allemand- chanté en latin-Alpha-Classics 966

Auteur de plus de deux mille compositions, dont une majorité de musique sacrée, Sigismond Ritter von Neukomm est un quasi inconnu pour le mélomane du XXIème siècle. Elève de Michael Haydn, grand voyageur devant l'Eternel, il fera entendre sa musique en Russie, au Brésil, en Afrique même. Familier des plus grands, tels  Talleyrand, Louis-Philippe, ou Jean VI du Portugal (et empereur du Brésil), il a connu tous les honneurs. C'est ainsi, par exemple, que la présente messe lui a été commandée, en plein congrès de Vienne (1815), par Talleyrand, afin de commémorer l'anniversaire de la mort du roi guillotiné, frère de Louis XVIII. Neukomm avait précisé que cette messe, composée pour deux choeurs sans accompagnement d'orchestre, pouvait être exécutée avec orchestre, le premier choeur devant alors être remplacé par quatre chanteurs solistes. C'est l'option retenue ici par Jean-Claude Malgoire, à qui l'on doit la résurrection de ce requiem, enregistré en première mondiale dans la Chapelle royale du château de Versailles. Quoiqu'assez conventionnelle, la musique, fort belle, se situe quelque part entre Cherubini et Hummel, sans posséder pourtant le sens du grandiose du premier, ni le charme mélodique du second. La seule originalité de la partition réside dans son prologue, un imposant Miserere mei Deus, pour cuivres et choeur, interrompu par des sonneries de cloches : l'ambiance rappelle le faste un peu glacé des oratorios napoléoniens de Le Sueur. Pour le reste, ce requiem reprend les textes habituels de la liturgie, avec un Introït introspectif. La séquence du Dies irae est longue et variée, des timbales ponctuant le Tuba mirum, jusqu'à la cadence plagale finale, attendue, en passant par un joli quatuor de solistes sur les mots Liber scriptus, ou la force impérieuse du Confutatis maledictis. La maîtrise de Neukomm se développe dans le remarquable Offertorium pour grand choeur, et sa superbe fugue sur Quam olim Abrahae. Très bref (1' 39''), le Sanctus se paie tout de même le luxe d'un fugato. Une dernière fois, l'atmosphère revient au recueillement dans un Agnus Dei calme et serein, puis l'oeuvre se termine dans la plus grande solennité, par un Libera me fortement scandé. Les solistes ne chantant quasi jamais seuls, il est difficile de les détailler. Leur quatuor s'imbrique à la perfection dans l'ensemble choeur-orchestre, dirigé par Jean-Claude Malgoire avec la fougue et l'enthousiasme que nous lui connaissons depuis toujours.
Bruno Peeters
Son 9 - Livret 8 - Répertoire 8 - Interprétation 10

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