Deux monuments au programme de la soirée. Le choix sera-t-il payant ?

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La soirée de ce vendredi nous a permis d'entendre deux nouvelles versions du 21e Concerto de Mozart par Ryoyu Huang et Lukas Vondracek. Ensuite, Dongkyu Kim puis Atsushi Imada ont proposé la Sonate en si mineur de Liszt et les Etudes symphoniques op. 13 de Schumann. Pas certain qu'il auront pu convaincre les membres du jury avec ces deux monuments de la littérature pianistique. 

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Huang Ruoyu
Lukas Vondracek
Lukas Vondracek

Huang a joué Mozart avec virtuosité et brillance. Mais il a manqué d'originalité et de variations dans le son. Ses moyens techniques sont énormes et on a senti une énergie qui l'a quelque peu débordé. Trop personnel et trop porté vers l'avant, il a devancé régulièrement l'orchestre dans les attaques de sons. Il a joué un Mozart technique, propre certes, mais sans personnalité singulière. Tout le contraire de Lukas Vondracek. Remarqué lors des éliminatoires et du récital, il était lui aussi attendu en cet avant-dernier jour de demi-finale. Son style est très personnel, tout comme la position au clavier. Très courbé, il semble vouloir toucher « physiquement » la réalité sonore. Son Mozart est très beau. Il s'investit pleinement et montre d'évidentes qualités musicales. Il faut tout de même pointer qu'il a globalement abusé de l'una corda. Trop de contrastes étaient obtenus par l'exploitation ou non de la sourdine, provoquant un son détimbré, là où on attend des richesses de couleurs par le savoir-faire des doigts (c'est cela aussi, la virtuosité).

 

Dongkyu Kim
Dongkyu Kim

Dongkyu Kim nous sert la Sonate de Liszt comme plat de résistance. Oeuvre monumentale et redoutable qui souffre de quelques lourdeurs dans les moments forts. Sa prestation est quelque peu inégale où les passages de grandes poésies alternent avec des passages trop accentués et un peu forcés. La technique est toujours irréprochable. L'attention générale est mise à l'épreuve avec les Etudes Symphoniques de Schumann pour conclure cette journée de demi-finales.

 

 

Atsushi Imada
Atsushi Imada

Belle prestation globale de Atsushi Imada mais ce chef d'oeuvre de Schumann reste difficile à défendre, qui plus est en fin de journée. Là aussi, quelques accents mal placés découpent le phrasé. Le son est beau mais il n'atteint pas toujours l'ampleur et la finesse des couleurs exigées par Schumann. Ces deux fresques pianistiques n'ont pas soulevé le public de Flagey. Qu'en sera-t-il du jury ? Réponse dans vingt-quatre heures, après les prestations des huit derniers protagonistes.
Michel Lambert,
Flagey, le 13 mai 2016

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