Deux musiciens du Nord bien servis

par
Lalo, Roussel

Edouard LALO
(1823 - 1892)
Symphonie espagnole
Albert ROUSSEL
(1869 - 1937)
Concert pour petit orchestre - Concerto pour piano
Svetlin ROUSSEV (violon), Alain RAËS (piano), Orchestre de Douai-Région Hauts-de-France, dir.: Jean-Jacques KANTOROW
2017-62' 08''- Textes de présentation en allemand, français et anglais - Arcantus ARC 16006

L'Orchestre de Douai-Région Hauts-de France a souhaité rendre hommage aux deux grands compositeurs de sa région, Lalo étant né à Lille, et Roussel, à Tourcoing. Même si l'association semble étrange, les styles étant assez différents, le CD est très réussi. Créée en 1874 par Pablo de Sarasate, la Symphonie espagnole, quoi qu'on en dise, est bien plus proche d'un concerto que, disons, l'Harold en Italie de Berlioz. Le violon est constamment présent, et souvent virtuose, ce qui explique sa popularité. Le jeune bulgare Svetlin Roussev, lauréat de plusieurs grands prix, possède une sonorité bien personnelle, très pure, idéale pour Lalo. Il se voit bien aidé par Kantorow (violoniste lui-même) et livre une interprétation quasi idéale de la symphonie, soulignant la fraîcheur de l'inspiration de Lalo, ou son côté parfois fantasque (scherzando). Tous deux s'uniront dans un mouvement lent d'une grande noblesse, très émouvant. Le Rondo final, avec son petit motif sautillant, comme celui de la Symphonie cévenole de Vincent d'Indy, culmine par une coda brillante. Pause ensuite, car changement d'ambiance total avec Roussel, pour deux oeuvres brèves, mais de grande allure. Le Concert, de 1927, représente, comme la Petite suite, le Roussel intime, à la pointe sèche. On reconnaît la patte du maître dès la première mesure de l'allegro, rythmé et haletant, qui se termine par un superbe accord polytonal. L'andante voit les thèmes éparpillés entre les bois, un peu à la manière (future) d'un Dutilleux. L'oeuvre finit par une valse rapide, comme une danse échevelée.
Un an après, Roussel écrit son concerto pour piano. Trop bref pour entrer au répertoire (15' 42''), il est peu virtuose, et sans effets spectaculaires, comme une ... symphonie concertante. Exemple parfait du Roussel de la maturité, il se distingue surtout par son mouvement lent : sur une lente oscillation, s'élève une admirable mélopée au cor anglais, bientôt rejoint par la trompette. L'atmosphère est comme immobile, irréelle. Un grand moment de poésie. Alain Raës, auteur d'une intégrale de l'oeuvre pour piano de Roussel (et d'Honegger aussi) est superbe d'émotion, même s'il se voit un peu couvert par l'orchestre dans le robuste presto final.
Bruno Peeters

Son 8 - Livret 8 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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