Deux opérettes amusantes, mais légère déconvenue tout de même...

par

A Paris
Croquefer ou le dernier des paladins
L’Île de Tulipatan
(Offenbach)
Parmi la quelque centaine d’ouvrages composés par Offenbach pour la scène, seules les “grandes” opérettes sont régulièrement montées : Orphée aux enfers, La Belle Hélène, La Grande-duchesse de Gerolstein, La Vie parisienne  ou encore La Périchole. C’est oublier le nombre impressionnant d’oeuvrettes en un acte créées aux Bouffes Parisiens, et qui ne connaissent de reprises que très occasionnellement (sans parler d’enregistrements, rarissimes). Dès lors, il faut applaudir l’initiative de la Compagnie Les Brigands, qui montait deux de ces petits chefs-d’oeuvre à l’Athénée – Théâtre Louis-Jouvet. Croquefer ou le dernier des paladins, inspiré d’une légende médiévale, date de 1857. Rien que les noms des protagonistes donne déjà à rire : Boutefeu, Mousse-à-mort, Fleur-de-Soufre, ou Ramasse-ta-tête. Intrigue farfelue et compliquée à souhait, pimentée de quelque trivialité : si le paladin Croquefer avale son sabre, il faut bien que celui-ci réapparaisse, accompagné de borborygmes aux cors… La musique est inégale (l’ouverture est insignifiante) mais comporte d’excellents numéros tels un duo bouffe dans lequel se reconnaissent des citations littérales de Robert le Diable, des Huguenots ou de La Juive, un “quatuor des buveurs” ou un “galop du postillon”. L’inspiration du compositeur remonte de plusieurs crans pour la seconde pièce, L’Île de Tulipatan, créée bien plus tard (1868), et qui précède immédiatement La Périchole. L’intrigue est bien plus amusante et joue habilement de l’identité sexuelle du couple central : la fille est en réalité un garçon et inversement. Après les inévitables quiproquos cette fois exempts de toute vulgarité, tout rentrera dans l’ordre pour le plus grand bonheur du souverain fantoche Cacatois XXII. Plusieurs morceaux remarquables aussi : ensemble du canard “Coin-Coin”, air poétique d’Alexis, duo des petites cuillers ou barcarolle des gondoles. Musicalement, tout cela était enlevé par neuf musiciens seulement, sous la direction alerte de Christophe Grapperon. Les chanteurs habitaient parfaitement leurs rôles sans avoir des voix d’exception. Citons surtout la verve de Loïc Boissier, le charme de Lara Neumann, et le sens théâtral de François Rougier, d’Emmanuelle Goizé et de Flannan Obé. Quant à la production, elle reposait sur un bel effet de jeu de miroirs : ainsi, au début de Croquefer, les solistes chantaient couchés et le spectateur suivait leurs évolutions dans le miroir comme s’ils se tenaient debout : une jolie performance. Malheureusement, la suite de la mise en scène s’avéra plus conventionnelle et on n’a que rarement retrouvé le grain de folie totalement déjantée qui imprégnait la production par la même Compagnie Les Brigands de l’opérette Au temps des croisades de Claude Terrasse en 2009. Dommage. Elle nous doit une revanche.
Bruno Peeters
Paris, Athénée – Théâtre Louis-Jouvet, le 4 janvier 2013

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