Deux Quatuors de Dusapin

par
DUSAPIN
Pascal DUSAPIN (° 1955) Quatuor n°6 “Hinterland, Quatuor n°7 “Opentime” Quatuor Arditti, Orchestre Philarmonique de Radio France, dir.: Pascal Rophé 2017-DDD-56’53-Livret en français et en anglais-AEON AECD 1753, Outhere Music Il faut de tout pour faire un monde, dit-on. En effet, c’est même cela qui fait la richesse du genre humain : la diversité. Pourquoi dès lors choisir ? Pourquoi exclure ? Car, en matière d’esthétique, on rencontre tellement d’ostracisme : on aime ceci, on rejette cela; cela flatte chez nous une fausse impression d’intégrité. Avec la musique contemporaine, ou plutôt devrais-je dire les musiques contemporaines, dénigrer un courant au profit d’un autre semble être de mise. C’est tellement dommage ! Et je ne parle pas seulement de la musique dite classique ou sérieuse, des étiquettes déjà racistes, mais aussi des musiques dites légères (quelle blague !) ou populaires, entendez inférieures. Car musiques devrait toujours s’écrire au pluriel ! Le nouveau CD consacré à deux quatuors de Pascal Dusapin par l’excellent quatuor Arditti pourra enthousiasmer un public restreint (qui du coup se sentira l’élite au-dessus de la mêlée), et repousser d’autres (“Quelle musique épouvantable ! Et vous dites que ce compositeur est important ?”). C’est l’histoire de la tour de Babel : plusieurs langages co-existent. Ni inférieures, ni supérieures, les musiques cérébrales, dont la base sont les jeux d’écriture, existent, et ne sont qu’une des manières d’envisager la composition. C’est tout à fait respectable. Evidemment, leur écoute demande un effort. Pourquoi le refuserait-on ? Une oeuvre d’art n’est pas un objet de consommation. Les quatuors VI et VII de Dusapin sont des oeuvres majeures. Hinterland (“Arrière-pays”), titre du sixième fait se confronter le quatuor et l’orchestre. Tout au long de l’oeuvre, ces deux entités s’approchent et s’éloignent musicalement l’une de l’autre. On a l’impression d’avoir affaire à une sorte de chaos sonore fascinant et fécond. Le septième quatuor est un ensemble de 21 variations à partir d’un thème, ou plutôt un “geste” de l’alto. “Bien que ces 21 variations soient numérotées dans la partition, elles n’ont, la plupart du temps, ni débuts et ni fins aisément discernables : elles s’amorcent et se continuent les unes dans les autres, par anticipations et retards de gestes et de formes entrecroisées” (cité dans le livret). Le sous-titre de l’oeuvre est Opentime. Dusapin écrit : “Varier, c’est toujours changer quelque chose pour autre chose. Cela ne veut pas dire consolider les prémices d’une idée originelle. Il se peut même qu’il s’agisse du contraire. Ici, la forme du quatuor avance par dérivations, déviations et contournements successifs en ouvrant sans cesse le temps qui passe et s’efface. Avec obstination. Comme la vie sans doute …”. Dominique Lawalrée Son 9 - Livret 7 - Répertoire 9 - Interprétation 10

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