Drame et badinerie dans un jardin italien

par
Jardin à l'Italienne

UN JARDIN A L'ITALIENNE
Airs, cantates et madrigaux de Adriano Banchieri, Orazzio Vecchi, Alessandro Stradella, Georg Friederich Haendel, Antonio Vivaldi, Giaches de Wert, Domenico Cimarosa, Joseph Haydn et Domenico Sarro
Les Arts Florissants, dir.: William Christie
2015/17-DDD-74'41-Textes de présentation en français, anglais et allemand-Harmonia Mundi HAF 8905283

William Christie semble opter de plus en plus pour des programmes éclectiques autour d'un thème plus ou moins lâche. Après diverses incursions de ce type au coeur de diverses musiques européennes dont, tout dernièrement, la française, c'est cette fois à l'art vocal italien entre Banchieri et Cimarosa, en faisant un détour par deux opéras de Haydn, que s'intéresse le fondateur des Arts Florissants. A ce dernier est associé ici un ensemble de six chanteurs spécialement sélectionnés par William Christie et Paul Agnew au sein de l' « Académie du Jardin des voix ». D'emblée, il faut dire qu'on rate une dimension du spectacle. En effet, cette anthologie a été enregistrée en public, à Melbourne pour être précis, et, aux réactions amusées de celui-ci dans la pièce initiale de Banchieri et, plus tard, dans les pages de Cimarosa et Haydn, il est aisé de deviner des cocasseries visuelles que seule une publication en DVD / Bluray pourrait nous restituer. Le programme s'ouvre sur deux délicieuses scènes issues de comédies madrigalesques: Il Zabaione musicale d'Adriano Banchieri et Le Veglie di Siena d'Orazio Vecchi, auxquelles succède un extrait étonnant de la cantate Amanti, olà, olà d'Alessandro Stradella, laquelle offre une sorte de réflexion sur la nature de l'Amour. Le contraste n'est pas mince avec la pièce suivante: le bouleversant « Ah stigie larve » de l'Orlando de Haendel qui capte le moment où le héros perd la raison. Pour faire bonne mesure, Christie et ses amis nous proposent le même épisode vu par Vivaldi, avec plus d'expressivité encore, dans son propre Orlando furioso. Entre les deux, brusque retour dans le passé avec un magnifique madrigal de Giaches de Wert: Queste non son piu lagrime... toujours sur le même thème puisqu'il met une nouvelle fois en scène le Roland de l'Arioste. Nous restons ensuite en compagnie du Saxon et du Vénitien, mais dans un autre registre. Le célèbre « Lascia la spina » extrait de l'oratorio Il trionfo del Tempo e del Disinganno du premier, avec sa mélodie si belle que Haendel la reprendra quelques années plus tard dans Rinaldo, est rendue avec toute la douceur voulue. Virage à 180° ensuite, si l'on peut dire, avec deux airs qui explorent avec acuité l'expression que peut engendrer la jalousie: l'explosif et virtuose « Gelosia, tu gia rendi l'alma mia » de Ottone in villa et la douleur digne magnifiée par le « Care pupille » dévolu à Mitridate dans La Virtu trionfante dell'amore e dell'odio. Une autre page de la cantate de Stradella déjà citée conclut la première partie du concert. La seconde est consacrée à des pièces beaucoup plus légères qui ont pour sujet le monde du théâtre. Cimarosa et Haydn sont conviés, dans leur veine bouffe, avec des scènes drôles et merveilleuses tirées des deux petites perles que sont L'impresario in angustie pour le premier et de La Canterina pour le second. On reste dans le même registre, mais deux générations plus tôt, avec une scène de L'impresario delle Canarie de Domenico Sarro, basé sur le seul livret comique sorti de la plume de Métastase soit dit en passant, un petit chef-d'oeuvre d'intermezzo napolitain irrésistible. Et c'est avec grande logique que le disque s'achève sur le finale, plein d'entrain et d'optimisme, d'Orlando Paladino de Haydn que le compositeur des princes Esterhazy avait placé dans un climat tour à tour héroïque, tragique et comique. De la fureur d'Orlando à son apaisement dans une atmosphère joyeuse et détendue: la boucle est bouclée et, comme le dit la notice, « tout est bien qui finit bien ». Un « jardin à l'italienne », en effet, particulièrement bien fourni et contrasté, aux mille senteurs qui ne peuvent qu'enthousiasmer l'auditeur, d'autant que l'interprétation est à la hauteur du programme, parfaite tant dans l'émotion que dans le rire. Superbe!
Bernard Postiau

Son 9 - Livret 9 - Répertoire 10 - Interprétation: 10

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