Du côté de chez Brahms

par

Heinrich von HERZOGENBERG
(1843-1900)
Trios avec piano n° 1 opus 24 et n° 2 opus 36
Wiener Klaviertrio
2018-SACD-65'38-Textes de présentation en anglais, français et allemand-MDG 942 2017-6

Encore inconnu il y a vingt ans à peine, le compositeur autrichien Heinrich von Herzogenberg fut presque subitement redécouvert assez récemment, grâce avant tout à nombre de parutions discographiques produites par le label CPO: pages pour violon et piano, quatuors et quintettes, oeuvre intégral pour piano et, déjà, les trios avec piano. On profita de la vague et on s'intéressa aussi à des pages d'envergure telles qu'un oratorio de la Nativité (déjà gravé à au moins trois reprises), des symphonies etc. A l'écoute de son corpus, et dès son premier trio, par exemple, on ne peut que constater la proximité de son style avec celui de Brahms, ce qui ne saurait étonner: il fit sa connaissance en 1874, tout d'abord de manière épistolaire dans une correspondance qui canalisera ses ambitions et ses inclinations. C'est d'ailleurs par ce biais qu'il prendra la résolution de tourner résolument le dos à la musique dite « de l'avenir », celle de Liszt et Wagner. La tradition classique, symbolisée par Brahms et Schumann, guidera désormais son parcours artistique, un parcours qui offre par ailleurs bien des similitudes avec celui de son mentor: tout comme chez son illustre confrère, sa production chambriste occupe une place d'importance et même centrale et l'on serait tenté de dire que de ce versant de son oeuvre découle le reste de sa production. Herzogenberg fut très tôt considéré comme une personnalité majeure, dont se portera garant, par exemple, un Joseph Joachim qui créera plusieurs de ses ouvrages. Pour autant, il ne faudrait pas voir en lui un simple épigone: ses compositions offrent souvent un caractère original, affranchi de l'ombre envahissante de l'aîné. Tel n'est cependant pas le cas de son premier trio avec piano qui lui doit, au contraire, un lourd tribut et, même s'il est merveilleusement écrit dans chacun de ses quatre somptueux mouvements, on ne peut écarter de son esprit le fantôme de Brahms, omniprésent. Rien de tel dans le deuxième, écrit en 1882: le relatif académisme, une certaine rigidité, sensibles dans le précédent, ont disparu; tout au contraire, le discours s'est assoupli et laisse désormais s'exprimer sans contraintes un romantisme d'un lyrisme intense. Même si l'on se doit de reconnaître que la marque de Brahms n'a pas totalement disparu, les moyens qu'il se donne, désormais, se démarquent du modèle: lignes plus épurées, recherche d'accords allégés, sens rhapsodique aigu et utilisé de manière très personnelle. Redoutable de virtuosité, ce trio plut beaucoup à l'époque de sa composition en raison de ses qualités d'écriture exceptionnelles mais, à l'instar de toute la production de Herzogenberg, tomba vite dans l'oubli. Comme souvent en musique, un arbre trop grand et intimidant avait une fois de plus caché la forêt... Interprétation idéale, somptueuse et au fort parfum viennois.
Bernard Postiau

Son 10 - Livret 10 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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