En pleine cible

par
William Tell

Gioacchino ROSSINI
(1792 - 1868)
Guillaume Tell
Gerald FINLEY, Guillaume Tell, Malin BYSTRÖM, Mathilde, John OSBORN, Arnold, Melcthal, Enkelejda SHIKOSA, Hedwige, Sofia FOMINA, Jemmy, Eric HALFVARSON, Melchtal, Nicolas COURJAL, Gesler, ROYAL OPERA CHORUS, dir.: Renato BALSADONNA, ORCHESTRA OF THE ROYAL OPERA HOUSE, dir.: Antonio PAPPANO, Damiano MICHIELETTO, mise en scène
Enregistré en direct au Royal Opera House, Covent Garden, 5 juillet 2015-2 DVD-201 '-All Regions - 16.9 anamorphic - LPCM 2.0-DTS - sous-titres en anglais, français, allemand, japonais et coréen - chanté dans la langue originale française - Opus arte OA 1205 D

Pour une fois, la dimension tragique de Rossini - qui irradie son Guillaume Tell ici rebaptisé bizarrement William - est abordée dans toute sa violence, sa profondeur et sa singularité. C'est le principal et très rare mérite de cette représentation. Quant au reste, certes, on pourra déplorer la laideur des costumes, des décors et des maquillages ou les prétentions lourdement symboliques (arbre abattu, puis lien généalogique restauré ; présence physique de la « terre » ; badigeonnage du torse avec du sang ; ridicule petit drapeau au II ; gestuelle de cinéma muet ; Hedwige vêtue en femme de ménage années 50 ; etc...). Néanmoins, la mise en scène dans sa dynamique, vise juste. Le propos de Rossini - il ne faut pas oublier qu'il naquit au moment du régicide français et disparut avant la naissance de l'Italie - et dont la seule vraie patrie fut le belcanto, y est certes exposé à travers une esthétique peu flatteuse. Mais, dans sa force, sa violence, sa grandeur - termes rarement associés à Rossini - il est « compris ». N'en déplaise au public londonien d'abord désarçonné puis, comme on le constate aux longues salves d'applaudissements, impressionné et enthousiaste. Et il y a de quoi : une direction de scène puissante, intense, une interprétation de haut vol et une direction musicale (Antonio Pappano) qui prend le drame helvétique à bras le corps. Sans oublier un travail très élaboré sur la lumière (jusqu'aux couleurs bistres et à-plats opalescents d' un tableau du Caravage, au trio du II). La Princesse Mathilde incarnée par la splendide Malin Byström surmonte le handicap d'un costume d'hôtesse de l'air aux pieds nus pour aborder en souveraine les Sombres forêts. Duos et trios masculins parfois quasi mozartiens alternent avec la lame de fond shakespearienne (l'image de la forêt qui s'avance). L’acte III accentue les contrastes entre la ligne de chant émouvante et puissante de la belle Mathilde, les douceurs feutrées, sadiques, insidieuses du Banquet et la violence des chœurs et de l'Anathème (intelligent Gessler de Nicolas Courjal). Le simulacre d'agression où la femme devient un animal traqué exacerbe encore la noirceur que contient cette musique sous les dehors trompeurs de la suavité. John Osborn plane sur l' admirable air de l' Asile héréditaire porté par une pulsation de cordes et qui valut à Adolphe Nourrit, le premier Arnold, tant de triomphes. C'est alors la mort du « père » (Melchtal – Eric Halfvarson un peu falot) qui engendre chez le héros le sentiment d'appartenance à la « patrie » helvétique. Gerald Finley héroïque se consume dans le rôle de Guillaume Tell tandis que Sofia Fomina prête son énergie farouche au beau rôle belcantiste du fils de Guillaume Tell. L'épreuve du sacrifice filial enfin surmontée, libère un chant quasi religieux confié aux harpes. Avec l'appel au règne d'une liberté régénérée : l'arbre nouveau redescend des cieux. Idéal d'un autre monde. Plus de dix minutes d'ovation.
Bénédicte Palaux Simonnet

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