Faure/Franck – Papavrami/Goerner

par
Fauré Franck Papavrami

Gabriel FAURE
(1845 - 1924)
Sonate pour violon et piano n°1 en la majeur, Op. 13 – Sonate pour violon et piano n°2 en mi mineur, Op. 108
César FRANCK
(1822 - 1890) 
Sonate pour violon et piano en la majeur, FWV 8
Tedi Papavrami, violon (Stradivarius « Le Reynier », 1827) – Nelson Goerner, piano
2017-DDD-74’58-Textes de présentation en français et allemand-Alpha-Alpha271

Trois sonates, deux compositeurs, l’un français, l’autre belge, deux grands artistes. Voilà ce que réunit le label Alpha en 2017 : la créativité, l’expressivité et l’intelligence de deux artistes au service d’un répertoire délicat mais ô combien passionnant. Alors que l’opéra reste un acteur privilégié en France (on se souviendra des tentatives peu fructueuses d’un Berlioz dont le répertoire symphonique peine à trouver la place qu’il mérite), Christophe Ghristi, qui signe ici l’excellent texte de présentation, nous rappelle que Fauré et Franck sont les principaux artisans de « la renaissance de la musique de chambre en France dans les dernières décennies du XIXème siècle ». Ecrite pour la Société Nationale de Musique qui œuvrait pour la sauvegarde de la musique française, la Sonate en la majeur de Faure est une œuvre de jeunesse mêlant déjà toutes les caractéristiques du style de son auteur : fluidité, ligne mélodique sensible et subtile, parcours harmonique peu courant à l’époque, architecture aboutie… Tout est là. 40 ans plus tard, le créateur de Dolly s’attaque à sa seconde sonate. Dans une tonalité mineure cette fois, on y découvre un Fauré de plus en plus introspectif, imaginatif voire insolite. Tout semble ici appartenir à un autre monde tant le style, dépouillé, montre l’évolution du génie créatif de sa plume, et ce à travers les caractéristiques citées plus haut. Quant à Franck et sa devenue célèbre et unique Sonate pour violon et piano, elle naquit en 1886, à l’âge de 64 ans et une carrière bien avancée et remplie. Techniquement et musicalement redoutable, elle fait succéder quatre mouvements qui alternent musique nocturne, virtuosité, langage thématique toujours novateur et surtout, beaucoup d’émotion. C’est d’ailleurs ce que l’on retient ici. Tant Fauré que Franck ont créé et développé leur propre langage et deux esthétiques profondément individuelles. Tedi Papavrami et Nelson Goerner ont parfaitement su trouver le squelette de ces styles et en offrent ici une vision de haute justice. Le jeu délicat et fluide de Goerner se marie à merveille au violon expressif, franc et sincère de Papavrami. Tempi justes, dialogue idéal, balance parfaite, on a affaire ici à une vraie leçon, mais pleine d’humilité, de musique de chambre. Chaque mouvement propose une palette d’idées où se côtoient très naturellement couleurs et dynamiques. Rien n’est laissé au hasard, tant dans les grandes phrases presque impétueuses de la Sonate en la majeur que dans le style plus dépouillé et complexe de mi mineur. Chez Franck, l’œuvre bénéficie d’un regard neuf et d’une grande clairvoyance avec une attention portée à chaque instant qui ne s’éclipse jamais. Un moment musical à découvrir qui fait vraiment du bien.
Ayrton Desimpelaere

Son 10 – Livret 10 – Répertoire 10 – Interprétation 10

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