Festival Musical de Namur : le temps s'arrête avec les Tallis Scholars

par

© Eric Richmond

C’est un ensemble qu’on ne présente plus aux amateurs de la musique ancienne vocale : Les Tallis Scholars ont attiré un public nombreux et varié à l’Abbaye de Floreffe mardi soir pour le concert intitulé « Arvo Pärt Illuminé de Renaissance ». Au programme, une série de pièces sacrées a capella de Byrd, Taverner, Mouton… mélangées à quatre œuvres de Arvo Pärt (Triodion, Tribute to Caesar, Nunc dimitis, et Which was the son of…).

Un mariage qui ne choque pas l’oreille, puisque ces œuvres du minimaliste estonien regorgent de références à l’écriture de la Renaissance. Pärt dit lui-même vouloir écrire « des œuvres qui sonnent comme jadis mais qui n’auraient pas pu être écrites jadis ». Derrière l’apparente simplicité du répertoire présenté, l’écriture est truffée de complexités qui ne se perçoivent pas au premier abord (notons le palindrome musical du Diliges Dominum de W. Byrd). «L’Art pour l’Art », dirait-on.
C’est avec une idée très précise du résultat sonore désiré que Peter Phillips a fondé les Tallis Scholars en 1973. Depuis, la clarté du son de ce chœur qui chante presque toujours sans vibrato séduit le grand public, sans doute fatigué des excès du chant lyrique. A l’instar de la simplicité de la musique minimaliste qui répond aux dérives du dodécaphonisme, les voix très épurées offrent souvent une bonne bouffée d’oxygène aux oreilles surmenées de vibratos quasi tremolando de bon nombre de chanteurs. Cependant, venue la deuxième partie du concert, le relief vocal commence à nous manquer… Serait-ce l’excès dans la modestie ? Ce qui était au départ un splendide moment de méditation commence à se faire long et se transformer en véritable exercice de l’esprit. On se demande d’ailleurs si ce n’est pas frustrant pour les chanteurs de constamment chanter avec autant de retenue. Les plus exigeants seront restés sur leur faim au niveau des consonnes. Peut-être que l’acoustique du lieu, délicieux écrin pour la résonnance de leurs chants planants, n’était pas des plus favorables pour l’intelligibilité du texte. Notons néanmoins que la couleur de leurs voyelles était irréprochable !
Dans l’élaboration d’un programme, il est plus courant de varier les styles et les ambiances, ou alors de varier les effectifs instrumentaux si l’on reste fidèle à un style particulier. Ici, l’ensemble a capella, aussi talentueux soit-il dans son répertoire de prédilection, nous a offert un concert fort uniforme. Or, la musique vocale de la Renaissance n’est pas que planante, et la musique vocale d’Arvo Pärt est aussi bien plus variée. C’est heureusement avec la dernière pièce du programme que l’on a pu le constater. « Which was the son of… » utilise un texte biblique (Luc 3:23) peu inspirant en apparence: traçant toute la généalogie de Jésus jusqu’à Adam, et finalement à Dieu, ce texte fait presque penser à une lecture du bottin. Pärt relève ce défi auto-imposé avec beaucoup d’inventivité. Composée pour le chœur Voix d’Europe dont les 10 chanteurs viennent chacun d’un pays différent, l’œuvre rend hommage à une société multiculturelle grâce à de multiples références (Renaissance, bien-sûr, mais aussi liturgie orthodoxe et spirituals afro-américains). Un rythme récurrent assure la cohérence de l’œuvre, alors que l’écriture passe du chant responsoriel au contrepoint, en passant par l’homophonie chorale. Le méandre stylistique se complexifie pour aboutir sur une glorieuse quinte à vide à l’apparition du nom de Dieu, suivie de la cadence sans doute la plus satisfaisante de tout le répertoire choral.
Aline Giaux, Reporter de l’IMEP
Abbaye de Floreffe, le 3 juillet 2018

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