Feux d'artifice polyphoniques

par
Tallis

Thomas TALLIS
(c.1505 - 1585)
Chants de la Réforme
Alamire, Fretwork, dir.: David SKINNER
2017-DDD-75'36-Textes de présentation en anglais-Obsidian CD716

Thomas Tallis fut l'un des plus extraordinaires compositeurs de son époque. Evoquer son nom, c'est avoir à l'oreille sa prodigieuse polyphonie, la grandeur de ses pages spirituelles mais aussi la relative austérité de son oeuvre, reflet de l'une des époques les plus troublées de l'Angleterre. Le règne d'Henry VIII voit en effet d'innombrables guerres, famines et épidémies dont la peste qui s'installe durablement pendant une bonne partie du 16ème siècle. C'est aussi le raz-de-marée de la Réforme et son cortège de violences menées sous la bannière de l'intransigeance et de l'intolérance. Et c'est le roi lui-même, potentat « à l'orientale » à qui rien ne résiste, pas même le Vatican. Le thème fédérateur de ce disque bien rempli est le corpus religieux laissé par Tallis dans un psautier de 1544, à l'époque où Katherine Parr, 6ème et dernière épouse de la terrible tête couronnée, devient régente le temps d'une double invasion de la France à laquelle Henry prend part en s'emparant de Boulogne le 18 septembre. Quelques Anthems, écrits entre 1549 et 1560, ainsi que plusieurs inédits sont joints au programme. Partout on rencontre cette science qui a atteint une perfection mise au service d'une ferveur et d'une dévotion puissantes. Ces motets sont le plus souvent à quatre voix mais on croirait volontiers qu'ils sont écrits pour bien plus tant leur enchevêtrement est efficace et confère un volume sonore presque démesuré à l'ensemble. Ceci est vrai surtout pour l'immense Gaude gloriosa dei mater à six voix, d'une durée de 17 minutes qui ouvre... glorieusement le disque. La curiosité vient de l'édition d'une version primitive, inédite, de ce motet, cette fois sur un texte en anglais de Katherine Parr en personne: Se lord and behold. Des pièces pour consort sont incluses, où le recours à des dissonances aussi imprévues qu'audacieuses inquiètent autant qu'elles fascinent. A la fin du programme, on se retrouve empreint d'une sensation que l'on éprouve aussi après un disque Schütz, par exemple: celle d'un retour dans le passé, un passé dominé par un danger et une instabilité permanents, que seule une foi fervente permet d'affronter et surmonter. Remarquable prestation des ensembles menés par David Skinner. La prise de son sature parfois dans quelques forte mais ce n'est là que broutille. Chaudement recommandé.
Bernard Postiau

Son 8 - Livret 9 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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