Gielen face à Bartók et Stravinsky

par
Gielen
Michael Gielen Edition vol.5. Béla BARTOK (1881 - 1945) Suite du Prince de Bois - Concerto pour Orchestre - Quatre pièces pour orchestre - Suite de Danses - Concerto pour violon n°1 - Concerto pour piano n°2 - Le Mandarin Merveilleux Igor STRAVINSKY (1882-1971) Symphonie en trois mouvements - Symphonie en Ut - Symphonie de Psaumes - Le Roi des étoiles - Canticum Sacrum - Agon - Requiem Canticles - Variations pour Orchestre - Pulcinella - Apollon Musagète - Scherzo à la russe Robert Leonardy, piano ; Christian Ostertag, violon ; Stella Douflexis, mezzo-soprano ; Rudolf Rosen, baryton, Edda Moser, soprano, Werner Hollweg, ténor ; Barry McDaniel, basse. SWR Vokalensemble Stuttgart, WDR Rundfunkchor Köln ; Anton-Webern-Chor Freiburg ; SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg ; Rundfunk Sinfonieorchester Saarbrücken ; Radio-Sinfonieorchester Stuttgart des SWR, Michael Gielen. 1967-2014-ADD et DDD. Notice de présentation en : anglais et allemand. 6 CD SWR Music SWR 19023CD En quasi-simultanéité avec l’extraordinaire box consacré à Gustav Mahler, SWR Musik nous offre un nouveau pavé dans le cadre de son édition Michael Gielen avec une confrontation entre Bartók et Stravinsky. Il ne s’agira pas ici d’intégrale, mais d’une sélection d’œuvres captées par le chef d’orchestre au pupitre de son orchestre de la SWR de Baden-Baden ou des phalanges radio-symphoniques de Saarbrücken ou de Stuttgart. Pour Gielen, chez Bartók ou Stravinsky, tout est modernité et tout geste musical doit être observé avec le regard acéré du moderniste qui fixe le cap vers l’avant ! Ainsi même les lectures des néo-classique ou néobaroque Apollon Musagète ou Pulcinella évacuent tout historicisme ou tout second degré pour être traités au laser. Le résultat est assez déconcertant mais il donne une nervosité inusitée à ces ballets avec un traitement novateur des équilibres, de la pulsation et des dynamiques. Il en va de même pour une Suite du Prince de Bois de Bartók plus tournée vers les pièces de la maturité que vers Richard Strauss, modèle d’alors du jeune compositeur. Aux sommets du coffret, il faut placer les lectures des symphonies de Stravinsky, du Mandarin merveilleux, de la Musique pour cordes, percussions et célesta de Bartók et des Quatre pièces pour orchestre de Béla Bartók. Acérées et explosives ces gravures s’affirment comme des sommets par leur tension dramatique et l’impact orchestral. Le Mandarin merveilleux est un ainsi un magma orchestral explosif avec là encore des dynamiques qui tétanisent alors que la Musique pour cordes, percussions et célesta est cernée avec un trait chirurgical dans ses aspérités et sa radicalité. Quant aux Quatre pièces pour orchestre, elles trouvent en Gielen, un avocat de haute volée. Plutôt malaimées car très rarement programmées, ces pièces ont besoin d’une radicalité que Gielen est à même de leur offrir par une direction qui sculpte cette force orchestrale et par orchestre dont les teintes mates et la force granitique se combinent idéalement. Seul Pierre Boulez, compagnon de route et grand ami de Gielen, peut rivaliser dans ses enregistrements à New-York et Chicago. Enregistrées à Saarbrücken avec un orchestre radio-symphonique moins affuté que celui de Baden-Baden, la Suite de Danses est certes bien cernée et chorégraphiée avec subtilité, mais elle manque de pure virtuosité orchestrale. Les œuvres concertantes proposées : le concerto pour violon n°1 et le concerto pour piano n°2 de Bartók bénéficient d’excellents solistes ; ils témoignent de la solidité des programmations allemandes, loin des superstars, mais toujours avec la plus haute compétence. Un autre point fort du coffret réside dans les gravures des pièces chorales de Stravinsky : le très post-scriabinien Roi des étoiles et les Canticum Sacrum et Requiem Canticles dont le hiératisme dramatique est magnifiquement rendu. Ces partitions sont servies par des forces chorales et vocales exceptionnelles. Tout au long de ce coffret, la prestation de l’Orchestre de la SWR de Baden-Baden Freiburg est superlative autant dans les individualités que dans son homogénéité. La qualité des prises de son est variable, mais elle s’étend du très bon à l’acceptable pour les témoignages les plus anciens captés à la fin des années 1960. Si ce coffret est moins indispensable que celui dédié à Mahler, il n’en reste pas moins d’un niveau très élevé et sera une référence pour tous les amateurs des classiques de la modernité que sont ces deux compositeurs. Pierre-Jean Tribot Son 9 – Livret 9 – Répertoire 10 – Interprétation 9

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