Hommage à Martha Argerich

par

Martha Argerich et sa fille, Annie Dutoit pour un concert surprise

Il est de mauvais ton de donner l’âge d’une dame ; mais cette légende du piano qu’est Martha Argerich a fêté, le 5 juin dernier, son septante-cinquième anniversaire. Pour la treizième fois depuis 1971, elle a pris part au Septembre Musical de Montreux et a ouvert les feux en jouant, le 26 août, le Concerto de Schumann avec le Royal Philharmonic Orchestra dirigé par Charles Dutoit.  Et ce dimanche 4 septembre, elle a figuré à l’affiche d’un concert-surprise donné par le Youth Orchestra of Bahia sous la baguette de son fondateur en 2007, le chef-pianiste brésilien Ricardo Castro. Et c’est lui qui a ouvert la manifestation en présentant quatre danses aux coloris vivace extraites du ballet Estancia élaboré en 1941 par Alberto Ginastera, le plus illustre compatriote de Martha. Puis les paris allaient bon train, car les trois œuvres qui suivaient font partie du répertoire de l’artiste, le Premier Concerto de Chostakovitch, le Carnaval des Animaux de Saint-Saëns et le Concerto en sol de Ravel. Et cette œuvre-là a échu à Ricardo Castro qui en a donné une lecture honnête en tenant la partie soliste et en opinant du chef pour mener le tout à bon port ; mais n’est pas un Bernstein qui veut ! Finalement, la jubilaire a collaboré avec le magnifique trompettiste solo de l’Orchestre des jeunes de Bahia, Helder Passinho jr, dans le Concerto en ut mineur op.35 de Chostakovitch ; beaucoup plus détendue que la semaine précédente, elle en a été l’interprète d’élection par la virtuosité ahurissante qui lui permet de dessiner le moindre trait avec une confondante précision. Puis Annie Dutoit, la fille de Charles et de Martha, a été la narratrice d’un Carnaval des Animaux dont elle a conçu le texte avec un humour caustique de bon aloi. Ceci a enjoué sa mère qui a tenu le premier piano en dialogue avec Ricardo Castro, ce qui leur a permis d’égratigner hémiones, tortues, pianistes et fossiles dans cette fantaisie zoologique ô combien émoustillante. Et une samba irrésistible a mené la soirée au délire collectif. Paul-André Demierre Montreux, Septembre Musical, le 4 septembre 2016

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