Hommage à Pierre Boulez

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En juin 2013, dans son bureau de l'IRCAM à Paris, Pierre Boulez recevait son trophée ICMA pour son enregistrement "Ballets Russes chez Melodyia

Pierre Boulez lui aussi est mort ! Oui, Le compositeur Pierre Boulez est mort ce mardi 5 janvier à Baden-Baden où il avait élu domicile dès les années '60 après sa rupture temporaire avec le milieu musical français. Dans sa jeunesse combattante et polémiste, il n'avait pas hésité à écrire dans The Score en février 1952 : Aussi n'hésiterons-nous pas à l'écrire, sans aucune volonté de scandale stupide, mais sans hypocrisie pudique comme sans inutile mélancolie : SCHÖNBERG[1] est mort. Il nous manquera Pierre Boulez ! Car le promoteur d'un sérialisme rigoureux a vite cédé la place à un compositeur sensible, sensuel - osons le mot - qui dominait tous les paramètres musicaux. Son écriture et sa parole se sont adoucies. Guère enclin aux honneurs académiques, il était pourtant membre associé de notre Académie Royale de Belgique. Boulez s'est impliqué progressivement vers la transmission de son savoir, par ses leçons au Collège de France, ses nombreux livres ou entretiens et, dans la dernière partie de sa vie, ses Masterclasses. Self-made directeur musical de petits ensembles chez Jean-Louis Barrault et au domaine musical, il est vite devenu un des plus grands chefs d'orchestre du dernier demi-siècle. Propulsé à la direction New York Phiharmonic Orchestra en 1966 lors de la succession de Leonard Bernstein, il sera adulé par les plus grands orchestres : Cleveland, Chicago, le LSO (London Symphony Orchestra), les Wiener, le Berliner, parmi tant d'autres. Il nous lègue aussi ses réalisations : l'IRCAM, l'ensemble intercontemporain, la philharmonie de Paris. Ses directions d'opéras ont toujours été des révélations : Wozzeck, Lulu, Parsifal, la tétralogie du centenaire à Bayreuth, Pelléas et Mélisande, de la maison des morts,... Mais, c'est le compositeur qui prime ; un compositeur qui cent fois sur le métier remettait son ouvrage, le maître du Work in Progress. De ces douze courtes notations pour piano à leurs imposants développements en notations pour grand orchestre, de son livre pour quatuor de jeunesse revu il y peu, des multiples versions de Pli selon Pli ou de Repons. Son Œuvre est maintenant définitive. Boulez nous laisse de nombreux chefs d'œuvre. Chacun y a ses préférences. J'y trouve des sommets de la musique contemporaine. Les hasards de la vie m'ont permis de croiser quelquefois ses pas. Le père de Pierre Boulez travaillait dans la sidérurgie dans le centre de la France, le mien aussi, mais dans le bassin de Charleroi ; ils avaient des échanges professionnels. Léon Boulez venait souvent à la maison. À ma demande, j'ai reçu vers 10 ans, une partition dédicacée : A Monsieur J.M. André avec les meilleurs sentiments de P. Boulez. En 2010, je le retrouvais à nouveau et lui montrais cette dédicace vieille d'un demi-siècle ; il m'en ajoutait une seconde : Je reprendrai le titre de l'article de Stockhausen "comme le temps passe!" Avec mon cordial souvenir. Pierre Boulez. Il m'a appris une richesse essentielle : la curiosité. Ne disait-il pas en couverture du BBC magazine : La curiosité, c'est la vie. Si vous n'êtes pas curieux, vous êtes mort. Aujourd'hui, cet homme nous manque ! Jean-Marie André Le 6 janvier 2016 [1] Boulez utilisait, probablement volontairement, l'écriture allemande, Schönberg, à laquelle Schoenberg avait renoncé lors de son exil aux Etats-Unis.

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