ICMA 2018 : brilliantissime concert de gala

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C'est dans le grand auditorium de la Philharmonie de Katowice que se déroulait le concert de gala des ICMA 2018. La salle de 1800 places était "sold out" et le concert était diffusé en direct sur les ondes de la radio polonaise.

Christoph Sietzen dans "Indoafrica" d'Avner Dorman

Le concert s'ouvrit avec le premier mouvement intitulé "Indoafrica" de Frozen in Time, concerto pour percussion et orchestre, une oeuvre du compositeur israélien Anver Dorman né en 1975. Une formidable démonstration de l'art des percussions dans ce qu'elles comportent d'envoûtement et de magie que traduisait avec une incroyable aisance le jeune Christoph Sietzen, jeune artiste de l'année -il a 24 ans!- qui s'est déjà produit un peu partout dans le monde et a réalisé plusieurs enregistrements remarqués par la critique. Il se produira à Bozar le 14 mai avec son quatuor, le Wave Quartet. Ici, il était accompagné avec feu par le Polish National Radio Symphony Orchestra in Katowice (NOSPR) dirigé par son chef Alexander Liebreich. Le public est séduit.

La noblesse du Quatuor Belcea

Le Quatuor Belcea représentant Alpha, label de l'année, donnait une version intime et intense de la Kreutzer Sonate, 1er Quatuor de Janacek composé à la mémoire de Léon Tosltoï dont la chronologie reprend la nouvelle jusqu'au meurtre final, un parcours qu'il ne manquait pas de nous donner à suivre.

 

Le cantabile de Manfred Honeck

C'est Manfred Honeck, actuellement directeur musical de l'Orchestre Symphonique de Pittsburg et "Artiste de l'Année" qui prit ensuite la direction du NOSPR pour la Rusalka Fantasy op. 114, fantaisie sur des thèmes de Rusalka dont il a fait un arrangement et confié l'orchestration à Tomas Ille. Dès les premières mesures, on reconnaît l'art de Honeck, sa conduite de phrases dans le cantabile, la chaleur du son, l'expression naturelle dont émanent les contrastes, l'opulence orchestrale qui en découle sans jamais forcer le son.

Szymon Nehring rassemble toutes les qualités d'un grand artiste

La deuxième partie du concert s'ouvrait avec la prestation de Szymon Nehring dans les Variations sur un thème de Paganini de Lutoslawski dans la version pour piano et orchestre de 1977. Nommé "Exceptionnel Jeune Artiste Polonais", il a été plus d'une fois question de Szyman Nehring en nos pages : un Joker pour un disque en solo d'oeuvres de Chopin, Szymanowski et Mykietyn, un autre Joker pour son enregistrement des deux concertos de Chopin. On y relevait l'aisance technique bien sûr, mais surtout la maîtrise de la sonorité, toujours soignée, même dans les plus grands fortissimi, la clarté de la pensée, l'intelligence des phrasés, toutes qualités guidées par la vie intime de la musique. C'est le Szymon Nehring que l'on retrouvait ce soir, nourri d'une maturité toujours grandissante et en symbiose avec l'orchestre.

Stefan Temmingh, la flûte enchanteresse

Pour le Concerto en ut majeur pour flûte, cordes et basse continue que proposait Stefan Temmingh, "Baroque Instrumental Music Award", on imaginait mal le grand NOSPR et Alexander Liebreich. Aussi était-il fait appel à un ensemble baroque de Katowice dénommé tout simplement Oh! Il manifestait une grande complicité avec le soliste brillamment virtuose et à l'extraversion communicative. Un vrai moment de plaisir que le public ne désavoua pas.

Yu Yuan, l'aristocrate délicatesse

A nouveau la flûte, traversière cette fois, pour écouter le "Discovery Award", le chinois Yuan Yu, 16 ans, élève de Philippe Bernold au Conservatoire de Paris et à l'Académie Internationale de Musique du Liechtenstein, dans le Concerto pour flûte et orchestre FS 119 de Carl Nielsen. Oeuvre de la maturité du compositeur, elle ne ménage pas les contrastes entre la virtuosité et la rêverie où pointe une juvénile espièglerie comme lors du "duel" entre le trombone basse, sorte de personnage grotesque, et la flûte soliste qui lui répond avec une arrogance très aristocratique, un trait qui correspond bien à la personne du jeune soliste.

Le Polish National Radio Symphony Orchestra in Katowice rejoint les plus grands sous la direction dynamique de son Alexander Liebreich

Il revenait bien sûr à Alexander Liebreich et à son orchestre, Special Achievement Award, de clôturer la soirée avec une oeuvre bien pensée dans l'esprit de la jeunesse, espoirs de demain : l'Ouverture de concert en mi majeur op. 12 de Karol Szymanowski, son premier essai dans le domaine symphonique où l'on retrouve des traces du Don Juan et d'Une vie de héros d'un Richard Strauss mâtiné de Scriabine. Pastiche ? Non. Car Szymanowski a puisé chez ces compositeurs le traitement des grandes masses orchestrales, la manière de conduire de l'un à l'autre les pupitres, l'extase scriabinienne. Résultat ? Un orchestre luxuriant, une flamme juvénile qui incendie le partition, l'annonce du Szymanowski de demain. L'orchestre et le chef affichent leur bonheur. Standing Ovation.
On ne peut que remercier tous les protagonistes de la soirée qui en ont fait un moment d'exception.
Bernadette Beyne
Katowice, le 6 avril 2018 

© Toutes les photos sont de Bartèk Barczyk

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