Idéal pour redécouvrir la musique de chambre de Milhaud

par
Milhaud

Darius MILHAUD (1892 - 1974) Sonate pour violon et piano n° 1 op. 3 - Le Printemps, pour violon et piano, op. 18 - Sonate pour violon et piano n° 2 op. 40 - Capriccio n° 13 de Paganini op. 97 - Quatre Visages, pour alto et piano, op. 238 - Sonate pour alto et piano n° 1 op. 240 - Sonate pour alto et piano n° 2 op. 244 Gran Duo Italiano : Mauro Tortorelli (violon et alto), Angela Meluso, (piano) 2016 (enregistrement maison)-DDD-45' 04'' et 38' 05''- notice en anglais-Brilliant 2 CD 952322

Deux CD à petit prix, et... quel plaisir d'écoute ! Voici réunies des sonates très différentes certes, mais qui chacune se révèlent passionnantes. La première est très peu connue, et pour cause : son auteur l'a reniée. Cet opus 3 de 1911 est, bien sûr, une oeuvre de jeunesse, et se présente comme "du Milhaud avant Milhaud." L'influence de Fauré est perceptible, celle de Franck aussi parfois. L'écriture est déjà aérée et lumineuse. La toute petite pièce Le Printemps (1914) ne dure que 2' 27'' mais, par sa grâce, semble annoncer le merveilleux nocturne de la suite Protée, quasiment contemporaine.  D'une grande ampleur, la deuxième sonate, souvent enregistrée et dédiée à André Gide, date du séjour brésilien durant la première guerre mondiale. Cette fois, Milhaud a découvert son langage : la polytonalité s'affirme (les cascades d'accords dans le final !), et renforce l'inventivité mélodique. A citer : le mouvement lent, saisissante mélopée funèbre qui s'éteint dans le plus grand silence. Les oeuvres pour alto et piano sont plus tardives. Les Quatre visages datent de 1943, sortes de portraits comme en composait Couperin. Nous aurons ainsi une barcarolle pour décrire "la Californienne", un mouvement perpétuel pour "The Wisconsonian", une langueur typiquement "bruxelloise" (?) pour terminer par un brillant carillon qui caractérisera "la Parisienne". Sur cette lancée, Milhaud écrira ses deux sonates, la même année 1944. La première, "sur des thèmes inédits et anonymes du XVIIIème siècle", s'inscrit dans une lignée néoclassique souvent empruntée par le compositeur, et qui lui réussissait bien (Sérénade, Suite provençale, La Sultane, L'apothéose de Molière, Les Charmes de la vie), Les deux mouvements rapides offrent à Bach des hommages empressés on ne peut plus réjouissants. Toute différente est la seconde sonate. En trois mouvements, elle est dominée par le "Dramatique" central, lent et douloureux, dans lequel la voix de l'alto prend des sonorités de saxophone. Le "Rude" final, énergique, ne dissipe pas le caractère très sérieux de cette oeuvre grave, au contraire. Grâces soient rendues aux remarquables instrumentistes italiens du "Gran Duo Italiano" de nous faire ainsi redécouvrir ces petits joyaux de musique de chambre dans une édition économique. Tant au violon qu'à l'alto, Angela Meluso atteint le parfait équilibre entre charme et vigueur requis par le compositeur, tandis que Mauro Tortorelli, souverain, maîtrise l'écriture pianistique souvent complexe de Milhaud. Bruno Peeters

Son 9 - Livret 10 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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