Johnny l'immortel est mort

par
Johnny

D.R.

Ne nous trompons pas de registre !  La mort du chanteur Johnny Hallyday n'est pas un événement musical, c'est un événement médiatique qui n'est en rien comparable avec la mort de Stravinsky (71) ou celle de Bernstein ('90) ou Menuhin ('99). Elle n'est pas non plus à relier avec celle de John Lennon ou celle de David Bowie, deux créateurs authentiques, ou celles de Jacques Brel ou de Barbara. Jean-Philippe Smet était une star au charisme indéniable, possesseur d'une voix hors du commun dans sa profession, et d'un sens du spectacle inégalé en France.  Mais...

Le choc émotif de sa disparition, depuis longtemps annoncée, traduit en fait bien ceci : de nombreux ados des années soixante ont grandi avec lui et ont greffé leur vie émotionnelle sur leur idole.  Aujourd'hui, ce n'était plus l'idole des jeunes, mais celle des vieux comme lui. Puisqu'il ne s'agit pas avant tout d'un événement musical (c'était un interprète, il n'a jamais rien écrit), on doit surtout parler d'un phénomène psychologique bien connu : les petits enfants ont leur "doudou", les ados, les ados attardés et les adultes ont leur idole, c'est la même chose. Et ce n'est pas diminuer les qualités du chanteur : il était effectivement exceptionnel et unique. Mais soyons aussi conscients qu'il a passé sa carrière professionnelle à imiter et à s'identifier aux Américains : il a eu sa période Elvis Presley, puis une période James Brown / Otis Redding (la "soul music"). Ce furent ensuite les hippies, puis le Blues-Rock, etc... . Ses 50 albums (bientôt 51 avec l'inévitable "posthume") sont, pour la plupart, inégaux. On y trouve toujours de bonnes chansons, mais aussi beaucoup de banales, avec énormément d'adaptations plus ou moins réussies de chansons anglo-saxonnes traduites (dans le meilleur des cas) en français.  Ses meilleurs disques sont l'oeuvre d'un auteur unique, comme Michel Berger, un authentique compositeur de chansons, qui, avec pertinence et lucidité, avait traité du thème du "chanteur abandonné" dès la première chanson qu'il lui avait écrite, alors même que JH avait horreur de se sentir seul. C'était pour l'album "Rock'n Roll attitudes", encore un titre qui tapait juste. Citons aussi l'album suivant, "Gang", avec des chansons écrites sur mesure par Jean-Jacques Goldman, et "Cadillac", écrit cette fois par Etienne Roda-Gill, le parolier talentueux de Julien Clerc. Son meilleur album est celui, c'est symbolique, écrit par son fils David (dont il s'est très peu occupé) en 1999, alors même que Johnny ne s'était jamais remis de l'abandon de son propre père.  Il s'agit de "Sang pour sang" (100%, encore un titre juste).
Au fond, le choc de sa mort est comparable à celui pour Claude François (pardon : "clo-clo"). Celle du phoenix Hallyday est celle d'un emblème de la France; c'est comme si un terroriste fou avait frappé la Tour Eiffel.
Culture populaire et "grande culture" se côtoient parfois. "Je voudrais ne pas mourir le même jour qu'une star" avait confié Jean d'Ormesson à Thierry Ardisson. Il est décédé la veille de la mort du chanteur. Cela nous rappelle en 1963 la mort d'Edith Piaf et de Jean Cocteau le même jour, ou, dix ans plus tôt, celles de Staline l'abject et du grand Serge Prokofiev.
Dominique Lawalrée

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