Khatia Buniatishvili à la recherche de la maîtrise de la Force

par

Franz LISZT
(1811 – 1886)
Concerto pour piano et orchestre n°2
Ludwig Beethoven
(1770 – 1827)
Concerto pour piano et orchestre n°1
Khatia Buniatishvili, Israel Philharmonic Orchestra, dir.: Zubin Mehta
2015 et 2016 – DVD – Pas de texte de présentation – 57’03’’ – Sony Classical. 88985369669

Avec cet album, uniquement disponible sous format vidéo (DVD ou Blu-Ray), Khatia Buniatishvili se confronte à deux concertos du répertoire : redoutables étalons interprétatifs ! Il est de plus en plus difficile d’écrire sur le phénomène pianistique qu’est la jeune musicienne. En effet, emprisonnée dans le personnage Ultra-brite et rageusement glamour qu’elle s’est créée, Khatia Buniatishvili déchaîne les passions alors que, faute de profondeur véritablement musicale, elle s’est mise progressivement à dos la plupart des professionnels et commentateurs du milieu de la musique classique.
Dans le Concerto n°2 de Liszt, on est en plein « effet Buniatishvili » ! Pris à bras le corps, brides abattues, cette partition renaît ici sous une overdose d’amphétamines et de Red-Bull : du pur culturisme musical tant la musicienne ne renonce devant aucunes brutalités, violences de contrastes ou effets appuyés. Certes, cela peut coller à cette œuvre qui souffre trop souvent d’excès de sagesse, et on pourrait presque adhérer à cette vision unilatérale. De son côté Zubin Mehta et ses musiciens se plaisent à participer à ce délire musical et tonitruant.
Mais les carences de style et l’absence de culture musicale sont-elles des postulats valables même si l’on se base uniquement sur ses intuitions ? Si on se réfère au Concerto n°1 de Beethoven, la réponse est non ! Si l’on peut saluer l’énergie de la pianiste qui peut retrouver le ton primesautier de cette œuvre de jeunesse, on regrette un sens du phrasé et des effets complètements hors de style… qui culminent dans une cadence du premier mouvement remixée par un Stravinsky exagérément enivré, influencé par un Rachmaninov sirupeux des mauvais jours. Au final, seul le mouvement lent étonne par quelques beaux passages poétiques (et encore au détriment des couleurs de toucher) avant que la cavalcade du dernier mouvement n’achève les oreilles les plus courageuses avec une rugosité qui tire plus vers le piano bar nouveau riche que vers Beethoven. De son côté Zubin Metha, qui brahmsise à outrance la pâte orchestrale, s’avère un partenaire brutal mais bien en accord avec l’expérience de ce pianisme.
La caméra s’attarde longuement sur les doigts, les robes (magnifiques), le bustier (sublime) et le dos dénudé (photogénique) de la pianiste (on sait à quel point le phénomène Buniatishvili comporte un aspect visuel incontournable et même revendiqué). Sans nul doute les admirateurs de la pianiste seront ravis, quant aux amoureux de ces œuvres, ils chercheront leur bonheur ailleurs !
En dépit de son succès médiatique, Khatia Buniatishvili est toujours à la recherche de la Force et devrait prendre du recul (un ou deux ans sabbatiques) pour réfléchir et travailler… et dompter son énergie en la complétant d’une culture musicale qui lui manque cruellement.
Pierre-Jean Tribot

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