La Bontà in trionfo : Joyce DiDonato 

par
Joyce DiDonato
"La Bontà in trionfo", telle est la seconde partie du titre de La Cenerentola de Rossini. Et c’est aussi l’impression que nous procure Joyce DiDonato qui en a été l’une des interprètes majeures de notre époque. Vendredi 17 mars, à l’Opéra des Nations, elle a accepté l’invitation du Cercle du Grand-Théâtre de Genève qui fête ses trente ans d’existence en donnant un concert de gala avec l’Orchestre de Chambre de Genève dirigé par le chef viennois Sascha Goetzel.Le programme comportait six scènes d’opéra encadrées par trois pages orchestrales dont une, l’Ouverture des Nozze di Figaro, brillait par une palette de nuances judicieusement contrastée ; par contre, les deux autres brinquebalaient lourdement avec une Farandole de L’Arlésienne pesamment essoufflée et une Ouverture de Guillaume Tell exposée par un solo de violoncelle trémulant et hérissée de difficultés qui dépassent le niveau de la formation ; mais relevons qu’elle s’avéra bien meilleure dans l’accompagnement de la voix. Pour en venir à Joyce DiDonato, il faut noter qu’aujourd’hui, à quarante-huit ans, l’artiste est radieuse avec une propension marquée pour le jeu théâtral et une voix devenue grande, ce que remarquera tout spectateur genevois qui, depuis la saison 2004-2005, l’a vue incarner Elisabetta de Maria Stuarda, Sesto de La Clemenza di Tito, Ariodante et Elena de La Donna del Lago. Elle propose d’abord une page rare, la cabaletta de Stella, « Ove t’aggiri, o barbaro », extraite de La Stella di Napoli, ouvrage de Giovanni Pacini créé au Teatro di San Carlo de Naples le 11 décembre 1845 : même si l’aigu est rocailleux, elle s’y impose par un ton impérieux et une coloratura brillante pimentée de ‘picchettati’ rapides. Puis elle passe à une ‘scena ed aria’ tout aussi peu connue, celle de Lucia, « L’amica ancor non torna… Oh, di sorte crudel », tirée de Le Nozze di Lammermoor de Michele Carafa, l’un des ‘nègres’ de Rossini ; de cette ‘opera semiseria’ jouée au Théâtre-Italien de Paris le 12 décembre 1829, donc cinq ans avant la partition de Donizetti, elle dégage une expression d’intense mélancolie en répondant au dialogue de la harpe et de la clarinette. Elle s’aventure ensuite en territoire beaucoup plus familier en ébauchant une Susanna des Nozze di Figaro qui se veut nostalgique sous son espièglerie puis en noyant sous des ‘passaggi’ à effet le célébrissime « Una voce poco fa » de Rosina. En seconde partie, en soignant sa prononciation française, elle s’attaque aux Troyens de Berlioz et à une mort de Didon qui n’est pas dans ses cordes, même si elle y croit ! Et elle conclut par un feu d’artifice en présentant ce florilège du chant rossinien qu’est « Tanti affetti in tal momento », le rondò final de La Donna del Lago, elle qui a campé sa première Elena ici à Genève en mai 2010. Et devant un public debout sous l’effet de l’enthousiasme, elle se voile d’un brin de tendresse pour fredonner comme Judy Garland « Somewhere over the rainbow » de The Wizard of Oz. Paul-André Demierre Genève, Opéra des Nations, le 17 mars 2017

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