La calme maîtrise de Renaud Capuçon

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Bartok

Béla BARTOK
(1881 - 1945)
Concertos n°
1 et 2 pour violon et et orchestre
Renaud Capuçon (violon), London Symphony Orchestra, François-Xavier Roth (direction)
2018 - DDD- 60’11- Textes de présentation en français, anglais et allemand- Erato 0190295708078

Il va de soi que dans ce bel enregistrement qui nous offre les deux concertos pour violon de Bartók, c’est le grand Deuxième concerto -devenu à juste titre l’un des piliers du répertoire- qui intéressera en premier lieu les discophiles, et invitera invariablement au jeu des comparaisons avec d’autres versions de l’oeuvre. Renaud Capuçon choisit à juste titre de ne pas opter pour l’approche plus rugueuse et folklorisante -et de toutes façons inimitable- d’une Patricia Kopachinskaja (Naive). Le violoniste français inscrit fortement l’oeuvre dans la grande tradition des concertos romantiques, et le fait remarquablement bien. Dès l’introduction du concerto, la calme maîtrise de Capuçon impressionne, ainsi que sa façon de se mettre entièrement au service de la musique dans une approche qui évite aussi bien l’épanchement romantique que la virtuosité clinquante (la phrase qui ouvre le premier mouvement est jouée avec une retenue classique qui fait penser à Mendelssohn). Faisant toujours preuve d’un goût extrêmement sûr, il déclame le mouvement lent avec grande finesse ainsi qu’une réserve émotionnelle qui n’est en rien de la froideur. L’épisode de musique nocturne si bartókien vers 5’30 et l’espèce de Dankgesang beethovénien qui le suit immédiatement sont splendidement rendus, et cette manière de laisser parler la musique plutôt que de se l’approprier indûment est la marque d’un musicien intelligent et cultivé. L’ Allegro molto final débouche sur un climat apaisé, où les belles phrases lyriques sont sereinement déclamées et les cascades de notes des épisodes virtuoses -comme le moto perpetuo qui précède la conclusion- brillamment dominées. Il convient ici de saluer l’excellent partenariat du soliste (que la prise de son met très fort en avant) avec un LSO aux réflexes félins sous la direction précise et analytique de François-Xavier Roth. On sera tout aussi positif pour le plus rare Premier concerto, dont Capuçon évoque parfaitement l’esprit rêveur et l’élan romantique du premier mouvement (on pense à Strauss, Wagner, mais aussi au post-romantisme si personnel d’un Reger), et ce sans la moindre lourdeur. Dans le deuxième mouvement, plus agité, Capuçon fait entendre une remarquable douceur de son, et peut compter là aussi sur un chef et un orchestre extrêmement attentifs. La   partie orchestrale est traitée avec une idéale transparence, alors que la baguette très sûre de Roth ne laisse à aucun moment les déchaînements orchestraux dégénérer en inutile raffut.
Patrice Lieberman

Son 9 - Livret 10 - Répertoire 10 - Interprétation 9

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