La clarinette dans tous ses états

par
Baermann

Heinrich BAERMANN
(1784 - 1847)
Quintettes avec clarinette opus 19, 22 et 23
Rita Karin MEIER (clarinette), Quatuor BELENUS
2017-SACD-58'39-Textes de présentation en anglais, français et allemand-MDG 903 1988-6

Le nom de Heinrich Joseph Baermann est aujourd'hui bien oublié. Si certains mélomanes s'en souviennent encore, c'est sans doute en raison d'un délicieux et assez célèbre Adagio pour clarinette et quatuor à cordes, longtemps attribué à Wagner, que certains ont jugé suffisamment intéressant pour être enregistré; il peut être entendu aujourd'hui dans la version, rééditée il y a quelque temps, de l'octuor de Vienne. Né en 1784 à Postdam, notre futur compositeur se fit d'abord remarquer très tôt en raison de ses dons exceptionnels pour la clarinette dont il joua vite en virtuose accompli. Grandi dans le tumulte des guerres napoléoniennes, engagé dans une musique militaire, il se retrouva au coeur de grandes batailles du début de l'Empire et fut fait prisonnier au désastre d'Iéna le 14 octobre 1806. Après avoir pris la fuite, il se rendit à Berlin puis à Münich muni d'une recommandation du roi de Bavière, à la cour duquel il sera engagé à partir de 1807; il y restera jusqu'à l'âge de cinquante ans. C'est en 1811 qu'il fit l'une des rencontres les plus importantes de sa vie. Son cadet de deux ans, Carl Maria von Weber, en visite dans la capitale bavaroise pour des représentations de son délicieux Abu Hassan, l'y croisa et une amitié profonde lia très vite les deux jeunes musiciens. Celle-ci eut de très heureuses conséquences: l'homme du Freischütz dédia à son ami ses deux magnifiques concertos pour clarinette qu'on venait de lui commander, tandis que les concerts qu'ils donneront ensemble auront un tel retentissement qu'ils décideront de prolonger ceux-ci par une longue tournée qu'ils entreprendront en 1811-1812. Ce ne sera pour Baermann que le début d'une longue carrière itinérante qui le mènera dans toutes les grandes villes d'Europe. Il y fera ainsi la rencontre de nombre de personnalités, en particulier celle de Félix Mendelssohn en 1832 à Berlin; ce dernier lui dédiera ses deux Konzertstücke opus 111. Bien que très vite tombé dans l'oubli en tant que compositeur, Baermann écrivit des douzaines d'oeuvres pour son instrument dans un style qui rappelle à bien des égards celui de Weber. Parmi ce legs somme toute assez abondant pour un homme aussi occupé par ailleurs, les trois quintettes ici réunis constituent sans doute l'un des sommet de sa production. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'ils intéressent les artistes et les maisons de disques. Ainsi, en 2001, Sabine Meyer gravait le 3ème d'entre eux à Londres en compagnie de musiciens de l'Academy of St Martin in the Fields. Une dizaine d'années auparavant, Dieter Klöcker choisissait déjà celui-ci dans un disque qui conviait également Meyerbeer, Spohr et Busoni. Que dire de ces trois pages? Empreintes d'un romantisme aimable, proches des partitions chambristes de Weber et de Mendelssohn, pleines de charme et d'une inventivité mélodique rare, elles se laissent écouter avec un plaisir de tous les instants. Rita Karin Meier (un nom décidément prédestiné pour la clarinette!) et ses amis du quatuor Belenus nous en donnent une interprétation toute en élégance et en délicatesse et les cisèlent avec amour pour un résultat des plus festifs. Recommandé!
Bernard Postiau

Son 10 - Livret 10 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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