La musique d’un paria

par
Musique interdite

Edwin SCHULHOFF
(1894 - 1942)
Musique interdite
Daahoud SALIM (piano), Nadezda FILIPPOVA (second piano), Orchestre symphonique du Conservatoire d’Amsterdam, dir. : Andrew GRAMS
DDD–2016–59’ 27’’–Texte de présentation en anglais–Challenge CC72730

De son vivant, le compositeur tchèque natif de Prague, Edwin Schulhoff, a absolument tout eu pour déplaire dans l’Empire austro-hongrois : il était juif, il était homosexuel, il était communiste et, de surcroît, il se passionnait pour les mouvements artistiques d’avant-garde et pour le jazz… Difficile en Europe centrale, au cours des premières décennies du XXe siècle, d’avoir été plus paria que lui. Mort d’épuisement dans un camp de concentration de Bavière, il n’a été redécouvert qu’à partir des années 1980, lorsque des historiens et des musicologues (parmi lesquels l’Italien Franceso Lotoro) ont commencé à s’intéresser de près aux compositeurs interdits de faire jouer leurs œuvres en public sous le régime nazi et à ceux qui sont morts en déportation, parfois incognitos, durant la Seconde Guerre mondiale.
Les quatre pièces pour piano d’Edwin Schulhoff reprises sur ce disque contiennent chacune des passages jazziques, et on peut même prétendre que le jazz en est le dénominateur commun : le Concerto pour piano et petit orchestre (1923), la Troisième Suite pour la main gauche (1926), la Suite dansante (1931) et Ironien (1920), qui est une suite pour piano à quatre mains, en six parties, la dernière d’ailleurs baptisée « Tempo di fox ». Mais chez Edwin Schulhoff, un peu comme chez Maurice Ravel, le jazz est davantage un support rythmique qu’un véritable mode d’expression, qu’une fin en soi. N’empêche, on sent bien que Daahoud Salim, qui est l’interprète de ces quatre pièces, a une formation de pianiste de jazz et qu’il est soucieux de les jouer comme si Edwin Schulhoff les avait spécialement destinées à un jazzman. De cet ensemble, on détachera le Concerto pour piano et petit orchestre, à la fois très classique et très sauvage, presque qu’à la manière de Serge Prokofiev, surtout dans le rapide troisième et dernier mouvement « Allegro alla jazz ».
Jean-Baptiste Baronian

Son 8 – Livret 5 – Répertoire 8 – Interprétation 8

Vos commentaires

Vous devriez utiliser le HTML:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>