La noblesse de Thomas Hampson

par

© Kristin Hoebermann

Il y a des lendemains qui chantent ! Un soir après la calamiteuse Manon d’ouverture de saison, le public de l’Opéra des Nations a applaudi à tout rompre le récital du baryton Thomas Hampson, accompagné par le remarquable pianiste Wolfram Rieger. Depuis 1985, le chanteur a paru sporadiquement à l’affiche du Grand-Théâtre pendant quinze ans en incarnant le Troisième Berger et Apollon dans L’Orfeo de Monteverdi, Marcello dans La Bohème et Don Giovanni  puis en y donnant quatre soirées de lieder. Mais depuis  lors, il n’était pas revenu à Genève.  Aujourd’hui, la soixantaine gaillardement portée, il entre en scène avec l’allure d’un grand seigneur souriant face à un public chaleureux qui ne l’a pas oublié. Certes, la voix plafonne d’abord dans le haut medium ; les cassures de registre qui morcèlent le timbre s’estompent au fur et à mesure que se déroule le programme consacré en première partie à Robert Schumann et à ses vingt mélodies et chants extraits du Lyrisches Intermezzo sur des poèmes d’Heinrich Heine datant de 1840 : il s’agit en fait d’une première version de la Dichterliebe op.48, entrecoupée de deux des lieder op.142, « Lehn’ deine Wang » et « Mein Wagen rollet langsam », et de deux de l’opus 127, « Dein Angesicht » et « Es leuchtet meine Liebe ». Profitant du fascinant univers sonore créé par l’accompagnateur qui burine autant les éclats pathétiques que les sonorités les plus infimes, le chanteur convainc surtout dans les fluides demi-teintes de « Ich will meine Seele tauchen », « Mein Wagen rollet langsam » et « Ich hab’ im Traum geweinet ». La deuxième partie est dédiée à Gustav Mahler et comporte une mélodie de jeunesse, « Erinnerung », et huit extraits  du célèbre Des Knaben Wunderhorn. Et c’est là que l’artiste atteint les sommets de son art avec un « Das himmlische Leben » et un « Urlicht » d’anthologie ! Paul-André Demierre Genève, Opéra des Nations, le 13 septembre 2016

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