L'art tout en subtilité d'Orlando Gibbons

par
Gibbons

Orlando GIBBONS
(1583 - 1625)
Fancies for the viols
L'Achéron, dir.: François JOUBERT-CAILLET
2017-DDD-74'07-Textes de présentation en anglais, français et allemand-Ricercar RIC 384

Jusqu'ici, nous avons pu entendre François Joubert-Caillet et son ensemble L'Achéron dans un vaste répertoire, engrangé pour Ricercar essentiellement, qui va de la magnificence de l'univers de Marin Marais aux pièces pour violes d'Antony Holborne, en passant par les Ludi Musici de Samuel Scheidt, des disques Johannes Schenck et Cipriano de Rore, un autre consacré aux requiems de Kerll et de Fux, ces deux derniers en collaboration avec Lionel Meunier, ainsi que les étonnantes suites de ce cousin au second degré de Jean-Sébastien que fut Johann Bernhard. Aujourd'hui, nos artistes abordent à nouveau les côtes anglaises dans des pages aux antipodes des luxuriances françaises et allemandes. Les fantaisies et autres pièces pour violes d'Orlando Gibbons constituent en effet un monde austère, introspectif, que le musicien français a voulu, semble-t-il, restituer au plus près. Puisque l'expressivité se doit de rester dans des limites très mesurées, ce n'est que sur l'extrême subtilité des nuances que doit se construire l'interprétation. C'est ce que réussit avec une rare maestria le violiste français et ses collègues. L'écoute en est, du coup, très exigeante car on évolue ici dans un univers à l'air raréfié, dans un climat parfois aux portes du silence. L'image du calme et de la sérénité apparents d'un couvent loin de toute civilisation vient à l'esprit. C'est dans ce contexte que cette musique hors du temps peut s'épanouir en toute discrétion. Reflet d'un voyage intérieur plus qu'expression de virtuosité destinée à la cour, ces pièces ne furent du reste jamais, sans doute, entendues par le souverain anglais de l'époque, Jacques 1er, notoirement peu sensible aux muses. En écoutant ces accents souvent proches de la désolation, on pense à John Dowland, ce compositeur avec lequel Gibbons partage une mélancolie qui affleure à chaque instant. Même les mouvements plus rapides semblent porter en eux une insondable tristesse. Formation caractéristique du premier quart du 17ème siècle en Angleterre, le « consort of viols » séduira tout autant Dowland que Holborne, pour ne citer que deux des plus importantes personnalités qui se sont illustrées dans ce genre. Pas moins de 42 opus à cette destination sont sortis de la plume de Gibbons. L'Achéron nous en restitue 18 qui donnent un aperçu fort complet de ce pan de l'oeuvre du maître anglais, un aspect abondamment documenté par la notice foisonnante et ô combien instructive de Jérôme Lejeune. Un disque à déguster dans une atmosphère feutrée, loin des contingences et trépidations de la vie quotidienne.
Bernard Postiau

Son 10 - Livret 10 - Répertoire 10 - Interprétation: 10

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