Le Boston Symphony Orchestra et Deutsche Grammophon : la belle aventure

par http://cheapessaysoul.com

Alors que les volumineux coffrets de rééditions sortent en pagaille, Deutsche Grammophon propose, en 57 CD, sa collaboration avec un des plus prestigieux "Big Five Orchestra" aux côtés du New York Philharmonic, du Chicago Symphonic, du Philadelphia et du Cleveland : le Boston Symphony Orchestra.
Fondé en 1881, l'orchestre connut les directions de George Henschel, Wilhelm Gericke, Arthur Nikisch, Emil Paur, Karl Much, Max Fiedler, Henri Rabaud, Pierre Monteux, pour connaître la renommée mondiale avec le long règne de Serge Koussevitzky (de 1924 à 1949) à qui l'on doit les commandes de nombreuses oeuvres importantes du siècle dernier, suivi de Charles Munch (1949 - 1962), Erich Leinsdorf (1962 - 1969), William Steinberg (1969 - 1972), Seiji Ozawa (1973 - 2002), James Levine (2004 - 2011) et, depuis 2014, Andris Nelsons que l'on retrouve ici dans cinq symphonies de Chostakovitch (n° 5, 6, 8, 9, 10) en route pour une intégrale, et la Passacaille de Lady Macbeth de Mtsensk.
Est-ce à dire que nous retrouvons ici tous ces prestigieux chefs qui ont conduit l'orchestre à l'excellence ? Non. Car avant que l'étiquette jaune allemande cherche à s'imposer dans le Nouveau Monde, le Boston Symphony Orchestra était sous contrat avec la RCA. C'est en 1969, sous le règne de William Steinberg (1969 - 1972) venant de Pittsburg que se conclut le contrat américano-allemand. Première oeuvre mise en boîte : de visionnaires Planètes de Holst qui font encore référence aujourd'hui, mais aussi Mathis des Mahler de Hindemith couplé au Concert Music op. 50 et un grandiose Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss. Déjà souffrant en 1969, Steinberg avait pour assistant à ses côtés un jeune chef de 25 ans particulièrement doué : Michael Tilson Thomas qui devint chef associé jusqu'en 1974. Nous le trouvons ici dans un répertoire coloriste (Images et Prélude à l'après-midi d'un Faune de Debussy), américain (2e Symphonie de Walter Piston, Sun Treader de Carl Ruggles et le Concerto pour violon de William Schuman aux côtés de Paul Zukovsky), moderniste avec Le Sacre du Printemps de Stravinsky et Le Roi des Etoiles et romantique avec la 1ère Symphonie Tchaikovsky. Tilson Thomas s'envola ensuite vers d'autres cieux : Los Angeles, Londres et San Francisco qu'il dirige toujours aujourd'hui.
A partir de 1971, Deutsche Grammophon va introduire ses artistes européens pour enregistrer le Boston : Rafael Kubelik, Eugen Jochum et Claudio Abbado. Ce dernier avait ici sa place puisqu'il avait remporté en 1958 le Prix Koussevitzky à Tanglewood, résidence d'été de l'orchestre. Il enregistre les Nocturnes de Debussy qui sont toujours une référence, Daphnis et Chloé et la Pavane pour une Infante défunte de Ravel d'une grande intensité dramatique, le Poème de l'Extase de Scriabine et l'Ouverture de Roméo et Juliette de Tchaikovsky. Quant à Rafael Kubelik, on le retrouve dans la classique Moldau de Smetana, le Concerto pour orchestre de Bela Bartok -une commande de Koussevitzky pour le BSO en 1943- et une puissante 5e Symphonie de Beethoven faisant partie de son intégrale réalisée avec neuf orchestres différents. Eugen Jochum que l'on retrouvait rarement hors d'Europe, traverse lui l'Atlantique en 1973 pour une intense Inachevée de Schubert et une vivifiante Jupiter de Mozart.
Malgré les relations privilégiées qu'entretenait Leonard Bernstein avec Serge Koussevitzky dans les années '40, il a assez peu dirigé le Boston. En 1976, il enregistrait la Faust Symphonie de Liszt qui restera toujours une référence incontestée et, en 1990, alors qu'il était déjà malade, le concert final de Tanglewood avec les Quatre Interludes de la Mer de Britten et une très émouvante 7e de Beethoven.
Dès 1973, Seiji Ozawa imprima pendant 29 ans son inébranlable marque à l'orchestre par des interprétations toujours captivantes, aux couleurs de feu, de force intérieure, de recherche du détail. Aussi le retrouve-t-on dans ce coffret de 57 CD à 59 reprises. Il a tout joué : Bartok, Berlioz, Brahms, Chabrier, de Falla, Fauré, Glazounov, Gounod, Ives, Mahler, Mendelssohn, Offenbach, Paganini, Poulenc, Prokofiev, Ravel, Respighi, Rimsky Korsakov, Rossini, Tchaikovski, Takemitsu, Thomas; en concertos aux côtés d'Isaac Perlman, Anne-Sophie Mutter, Christophe Eschenbach, Krystian Zimerman, Sherman Walt, Harold Wright... Peu de chefs peuvent se valoir d'un tel éclectisme réalisé avec un tel bonheur. De plus, en inédit au CD, une 2e Symphonie de Brahms enregistrée au Symphony Hall de Boston en avril 1975, l'Ouverture Semiramide de Rossini (février 1976) et Moto perpetuo  de Paganini (avril 1978), trois merveilles qui viennent combler le manque dans cette intégrale Boston/DG/Ozawa de la Symphonie en ré mineur de Franck, l'arrangement pour violon par Gidon Kremer du Concerto pour violoncelle de Robert Schumann dans l'orchestration de Chostakovitch et le 2e Concerto pour violon du même Chostakovitch avec le même Gidon Kremer.
Parallèlement au règne Ozawa, Charles Dutoit a dirigé le Boston dans Offertorium de Sofia Goubaidoulina avec, en soliste, le commanditaire, Gidon Kremer. Un enregistrement de 1988 qui n'a jamais été surpassé. Deux concertos rares se retrouvent également ici: le Concerto pour violon et orchestre "Anne-Sophie", une commande de l'orchestre à celui qui le dirigea pour l'occasion, interprété avec beaucoup de panache par Anne Sophie... Mutter bien évidemment, ainsi que le Double concerto pur violon, contrebasse et orchestre de Previn. Autre curiosité aussi, trois oeuvres de John Williams avec le compositeur à la baguette : le Concerto pour violon, trois pièces extraites de la Liste de Schindler (Gil Shaham en soliste) et TreeSong pour orchestre.
Enfin, pour être tout à fait (ou presque!) complet, le coffret se ferme avec six CD concacrés au Boston Symphony Chamber Players, un orchestre de chambre à géométrie variable formé de musiciens de l'orchestre et fondé en 1964 par le concertmeister Joseph Silverstein. Une première à l'époque. Une intense cohésion unit les musiciens à travers des oeuvres de Debussy, Carter, Ives, Porter, Dvorak, Stravinsky, Schoenberg, Berg, ou encore Johann Strauss II. Là aussi, on ne peut que saluer l'éclectisme mené avec une telle sensualité, une telle perfection.
Alors, n'hésitez pas. Mélomanes de longue date, vous retrouverez les enregistrements qui vous ont fait longtemps frémir, précieusement couverts de leur pochette d'origine (nostalgie, quand tu nous tiens !). Jeunes mélomanes, vous entendrez là de très grandes et nombreuses versions de référence. Pour parfaire l'ensemble, notons que le livret qui accompagne ce coffret offre de multiples entrées qui permettent de se retrouver facilement dans ce copieux parcours. Ajoutons encore l'excellente qualité de son qui a fait en son temps la réputation du convoité label germanique.
Bernadette Beyne
Détails des contenus sur 
Son 10 - Livret 10 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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