Le début d'une nouvelle intégrale

par
Prokofiev Jurowski

Serge PROKOFIEV
(1891 - 1953)
Symphonies n° 2, op. 40, et 3, op. 44
State Academic Symphony Orchestra of Russia, dir.: Vladimir JUROWSKI
2017- 72' 45'' - Texte de présentation en anglais et en allemand - Pentatone  PTC 5186 624

Karabits (Onyx) et Alsop (Naxos) terminent leurs intégrales, et voici à présent Jurowski qui se lance à l'assaut. Ces symphonies, qui ont été servies par les enregistrements mentionnés de Martinon, Weller, Järvi ou Rojdestvensky, sans oublier le fidèle Rostropovitch, se voient jouées à tour de bras. Il est évident que le corpus demande moins d'investissement que celui de Chostakovitch. Mais l'ensemble est agréable à l'écoute grâce à l'exceptionnelle inspiration mélodique du compositeur, et, à l'exception sans doute de la sixième symphonie, il ne possède pas d'inflexions dramatiques ou douloureuses, comme celles que l'on rencontre chez l'auteur de la symphonie "Leningrad". Le charme agit toujours, ce qui explique leur succès. Charme acidulé dans les deuxième et troisième symphonies, exemples du style expressioniste du Prokofiev des années fauves. La Deuxième symphonie, créée par Koussevitski en 1924, est contemporaine d'autres monuments "modernistes", tels la Fonderie d'acier de Mossolov, Hyperprism de Varèse, ou Pacific 231 d'Honegger. Elle est construite sur le modèle de la sonate op. 111 de Beethoven : un premier mouvement en bloc, puis un second en forme de variations. La polytonalité, si chère à Milhaud, et la polyrythmie, dominent l'Allegro ben articolato initial, qui paraît à nos oreilles moins provocateur qu'à l'époque. L'ambiance est proche de celle du ballet Le Pas d'acier (1925). Les variations, entamées par un joli thème au hautbois, sont très diverses, passant d'un raffinement harmonique à un éparpillement sonore des plus original. Prokofiev était tellement attaché à cette symphonie qu'il en envisageait sa révision en 1953, et lui avait déjà attribué le n° d'opus 136... La Troisième symphonie est proche, même si son origine est différente. Elle utilise en effet des thèmes de l'opéra L'Ange de feu (1928), mais s'écoute d'un seul trait, sans devoir référer à l'opéra. Créée en 1929 par Pierre Monteux, elle est peut-être la plus belle des sept, par son originalité confondante, un perpétuel jaillissement rythmique et mélodique, et une écriture orchestrale puissante. Les sonorités sifflantes des cordes dans le scherzo, par exemple, sont ahurissantes. Moins à l'aise que dans la symphonie précédente, très joliment enlevée, Jurowski manque ici un peu de nerf dans l'Andante, et les tempi du finale sont trop lents, ce qui nuit à la modernité du message. Järvi et Chailly sont préférables. Dans son introduction, Jurowski insiste sur le caractère "russe" des instruments de son orchestre, même 20 ans après la chute du mur de Berlin. Faisons lui confiance, ainsi que pour la suite de son intégrale.
Bruno Peeters

Son 9 - Livret 9 - Répertoire 10 - Interprétation 8

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