Le mal aimé

par
Tippett

Michael TIPPETT
(1905 - 1998)
Symphonie n° 1–Symphonie n° 2
BBC Scottish Symphony Orchestra, dir. : Martin BRABBINS
DDD–2018–74’ 44’–Textes de présentation en anglais, français et allemand–Hyperion CDA68203

Vingt ans après sa disparition, Michael Tippett, qui a été anobli en 1966 par la reine Élisabeth II, souffre encore et toujours d’idées toutes faites et de malentendus. Pour de nombreux musicologues, il passe pour un compositeur maladroit et ne sachant pas trop maîtriser les techniques les plus élémentaires de l’écriture musicale, à commencer, prétendent-ils, par le contrepoint. D’autres continuent de le fustiger pour des raisons qui n’ont strictement rien à voir avec la musique et avec l’art : son homosexualité affirmée et revendiquée, ses positions très tranchées de gauche, et même d’extrême gauche, son pacifisme, qui lui aura valu d’être condamné à deux mois de prison, durant l’été 1943.
Dieu sait pourtant si l’œuvre de Michael Tippett est attachante et originale, bien qu’elle soit marquée par des influences aussi diverses que celles de Jean Sibelius, Igor Stravinski, Darius Milhaud, Béla Bartók ou Paul Hindemith ! C’est à ce dernier qu’on ne peut pas d’ailleurs ne pas s’empêcher de songer à l’écoute de la Symphonie n° 1 achevée en 1945 et créée la même année par l’Orchestre philharmonique de Liverpool, sous la direction de Malcom Sargent. Malgré la notoriété du chef, elle ne sera guère jouée par la suite – ce qui poussera Michael Tippett à se tourner vers l’opéra et à terminer en 1952 The Midsummer Marriage, que d’aucuns considèrent aujourd’hui comme son chef-d’œuvre. Sa Symphonie n° 2 ne le sera pas davantage, et d’autant moins que sa toute première exécution publique par l’Orchestre philharmonique de la BBC, pourtant dirigé par Adrian Boult en personne, aura été émaillée de plusieurs incidents regrettables, des interprètes, mal préparés, se trompant de tonalité et d’autres, comme perdus, n’intervenant qu’à contretemps. Par rapport à la précédente, la partition de cette symphonie est beaucoup plus personnelle, à la fois pleine de lyrisme – un lyrisme suave – et d’exubérance rythmique, laquelle triomphe surtout dans le troisième des quatre mouvements dans un « presto véloce » haut en couleurs.
Mal aimé, Michael Tippett ? Non, sûrement pas, par les mélomanes qui ont la musique à fleur de peau.
Jean-Baptiste Baronian

Son 9 – Livret 8 – Répertoire 9 – Interprétation 9

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