Le mystère Marie-Madeleine

par
Bertali

Antonio BERTALI
(1605 - 1669)
La Maddalena
Oeuvres de Claudio Monteverdi, Alessandro Guivizzani, Muzio Effrem et Salomone Rossi
Scherzi Musicali, dir.: Nicolas ACHTEN
2016-DDD-67'42-Textes de présentation en anglais, français et allemand-Ricercar RIC 367

Bien que cela ne saute pas aux yeux au premier abord, cette nouvelle parution Ricercar nous présente deux oeuvres complètes, faces très différentes d'une même médaille. Pièce de théâtre pour la première, oratorio pour la deuxième, elles ont un sujet commun: le personnage de Marie-Madeleine. Un long poème écrit par Giovan Battista Andreini en 1610 sert de base à une représentation théâtrale en cinq actes présentée à Mantoue en 1617. Les intermèdes musicaux, dus à pas moins de quatre compositeurs différents, sont rassemblés ici. Claudio Monteverdi ouvre le bal avec un prologue qui rappelle beaucoup celui du célèbre Orfeo, d'une dizaine d'années antérieur. Lui succèdent deux courtes pièces de Muzio Effrem, l'aîné des quatre né en 1555 et un moment au service de Gesualdo, une autre de Alessandro Guivizzani qui épousa la fille de Giulio Caccini et la dernière de Salomone Rossi, seul mantouan de souche parmi les quatre. L'ensemble est cohérent, brillant à souhait, avec un style madrigalesque très marqué. Tout différent est l'oratorio d'Antonio Bertali. Né à Vérone en 1605, celui-ci fit une bonne partie de sa carrière à Vienne, à la cour de Ferdinand II dont il deviendra le Kapellmeister en 1649. Il est considéré comme le fondateur de l'école autrichienne de violon, dont les plus célèbres représentants auront pour nom Schmelzer et Biber. Et si Bertali est passé à la postérité, c'est avant tout pour sa célèbre Ciaconna. Pourtant, son oeuvre, bien oubliée, est immense: pas moins de 12 opéras, 33 messes, 8 requiems, 5 oratorios, pour ne rester que dans le domaine vocal. D'un caractère très introspectif, La Maddalena est introduite par une sinfonia instrumentale aux couleurs sombres qui instaurent un climat d'emblée douloureux, proche de la déploration. Les trois parties de l'oratorio proprement dit se partagent entre un dialogue allégorique entre le Repentir et l'Amour envers Dieu, un acte centré sur Marie et Marie-Madeleine et une dernière section où interviennent deux pêcheurs, bientôt rejoints par les deux personnages précédents. La variété des styles de composition évite toute monotonie et l'ensemble impressionne par sa qualité et la subtilité de l'écriture. Interprétation sans faille de Scherzi Musicali et Nicolas Achten, toute en nuances. Les « Quelques clés d'écoute » de ce dernier, incluses dans le livret, seront d'un grand secours au mélomane pour entrer plus avant dans cet univers qui ne révèle pas instantanément toutes ses richesses.
Bernard Postiau

Son 10 - Livret 10 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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