Le nom de Steibelt vous est presqu'inconnu. Et pourtant !

par
Daniel STEIBELT (1765-1823) Concertos pour piano et orchestre n°3 en mi majeur, "l'orage", op. 33, n°5 en mi bémol, "à la chasse", op. 64, n°7 en mi mineur "grand concerto militaire" Howard Shelley, piano et direction, Ulster Orchestra 2016-DDD-79'56''-Texte de présentation en anglais, français et allemand - 1 CD Hyperion CDA68104 Les pianistes-amateurs du siècle dernier se rappellent probablement un rondo pastoral, op. 33, de Steibelt (sans prénom) sous-titré "l'orage" dans le 5ème volume des "classiques favoris du piano" qualifié de "moyenne force". Le nom de Daniel Steibelt (avec son prénom cette fois) apparaît aussi dès les premières pages de l'incontournable "roman du piano" de Dieter Hildebrandt lorsqu'il évoque la compétition entre Beethoven et ce fameux Steibelt lors d'une soirée chez le comte Fries en 1800. Persuadé de sa supériorité technique, Steibelt se lance dans des variations superficielles préparées sur un thème de son concurrent. Vexé, Beethoven prend la partie de violoncelle d'un quatuor de Steibelt, la retourne ostensiblement et de cette suite de notes qui n'a forcément aucun sens livre une improvisation fascinante. Outré par son cadet, Steibelt ne voudra jamais revoir Beethoven. Bref, vous l'avez compris ; à part quelques anecdotes, Steibelt n'a guère été retenu par l'inexorable tamis de l'histoire musicale. Ses concertos suscitent pourtant l'intérêt ; il en a composé huit (dont le dernier avec choeur). Les trois enregistrés ici datent respectivement de 1798, de 1802 et de 1816. De structure semblable à ceux de Hummel, Cramer, Dussek, Woelfl ou Field, ils alternent premiers thèmes de type martial avec des seconds thèmes plus mélodiques entrecoupés de passage de pure virtuosité parfois un peu gratuite. Le "rondo pastoral" des "classiques favoris" est bien la transcription textuelle du troisième mouvement du concerto n°3 "dans lequel est introduite une imitation d'orage" comme l'indique le compositeur lui-même. Howard Shelley est le spécialiste de ce type de répertoire. Il nous offre ici une interprétation attirante qui rappelle toutes les qualités d'un musicien aussi négligé aujourd'hui qu'il fût adulé il y a deux siècles. De beaux concertos à (re)découvrir ! Même s'ils appartiennent à une période de transition, ils vont ouvrir rapidement la voie royale aux chefs d'œuvre de Chopin, de Schumann et de Liszt. Jean-Marie André Son 10 – Livret 8 –  Répertoire 8 – Interprétation 10

Les commentaires sont clos.