Le plus célèbre opéra-comique de Grétry, restitué dans des conditions idéales

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Richard

Richard Coeur de Lion
En résidence à l'Opéra de Reims, "Les Monts du Reuil" est un ensemble musical d'une dizaine de musiciens, fondé en 2007,  qui se veut un "mouvement artistique novateur". Selon son site, "il cultive le plaisir des découvertes ; ce qu'il trouve dans le vaste grenier du répertoire lyrique, il aime le faire partager."

En raison d'une profonde affection pour  l'opéra-comique, l'ensemble - on pourrait le rapprocher du Palazzetto Bru Zane, ou, aux Etats-Unis, de la compagnie "Opera Lafayette" -  a ainsi déjà monté  Le Soldat magicien, de Danican Philidor,  Raoul Barbe-Bleue de Grétry, ou Le Jeune sage et le Vieux fou de Méhul, et envisage bientôt Maison à vendre de Dalayrac. Richard Coeur de Lion (1784) reste l'une des oeuvres les plus connues de son auteur par sa belle inspiration mélodique, mais aussi par son aspect annonciateur de l'opéra romantique : cadre historique, grands ensembles, et même... pré-leitmotiv (la romance de Blondel). Le livret de Michel-Jean Sedaine, collaborateur fréquent de Philidor et de Monsigny, est aussi ingénieux que bien pensé pour la scène : la délivrance du roi Richard, prisonnier, vue du côté de son fidèle troubadour Blondel. Grétry devait d'ailleurs encore travailler avec lui pour Raoul Barbe-Bleue, Le Magnifique et Guillaume Tell. La partition contient des airs célèbres, tels "O Richard, ô mon Roi" de Blondel,  "Je crains de lui parler la nuit", de Laurette, (repris par Tchaikovski dans La Dame de pique)," ou le magnifique monologue de roi "Si l'univers entier m'oublie", qui ouvre le deuxième acte. Ce même acte comprend un finale de grande allure et fort inspiré (avec l'orchestre montant sur scène !) et le troisième une amusante ronde paysanne "Et zic et zic et zoc", ainsi que de charmantes danses. L'opéra de Reims n'est pas bien grand mais ravissant. Les décors se résumaient à de nombreux cadres de portes et à quelques accessoires dont certains pendaient au bout de longues cordes : une échelle, une table, un lustre... La mise en scène de Juan Kruz Diaz de Garaio Esnaola, fort sobre, soulignait la manipulation des personnages en faisant souvent transporter ceux-ci, tels des statues, par d'omniprésents danseurs/acteurs. De temps en temps, ces danseurs dessinaient, dans l'air, l'émotion du moment.  L'atmosphère était à la poésie et rendait bien justice à l'ambiance opéra-comique. Les sept chanteurs se répartissaient les rôles, certains en endossant deux. Constantin Goubet assumait très bien le rôle-titre, qui n'apparaît qu'à l'acte II, et chante fort peu. Blondel, rôle principal, a démontré l'excellence - et l'endurance - de Guillaume Gutierrez. Baryton-basse d'une qualité exceptionnelle, Lucas Bacro interprétait Williams, le père de Laurette, avec une solennité et un legato admirables ; il se coula tout aussi bien dans la peau du paysan pour la ronde finale. Ces dames étaient dominées par la piquante et toute jeune  Laurette d'Amaya Garcia, dont c'était le premier rôle sur scène. La comtesse Marguerite, hélas, n'a pas d'air personnel, mais Mylène Bourbeau l'a fièrement incarnée dans les ensembles. L'orchestre comprenait dix musiciens, dirigé par... deux cheffes, les fondatrices des "Monts du Reuil" : Hélène Clerc-Murgier et Pauline Warnier, l'une, de son clavicorde, indiquait les entrées, l'autre surveillait, de son violoncelle, l'équilibre entre la fosse et le plateau. Ce spectacle d'une heure et demie, donné sans entracte, est un pur enchantement visuel et musical, et sera encore donné à Givet et à Saint-Dizier. Décidément, "Les Monts du Reuil" est un ensemble à suivre de très près !
Bruno Peeters
Opéra de Reims, le 19 janvier 2018

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