Le premier Grand Opéra Français de Verdi se voit bien honoré

par
Jerusalem Verdi

© Lorraine Wauters

Passionnante résurrection à l'Opéra Royal de Wallonie ! Qui aurait cru à la fortune de Jérusalem, gentiment citée dans les monographies comme "version française" du quatrième opéra de Verdi "Il Lombardi alla Prima Crociata", et sitôt oublié ? C'est tout à la gloire de Stefano Mazzonis di Pralafera d'avoir cru depuis longtemps à cet opéra, et d'avoir osé le monter.

A l'arrivée, la surprise est de taille : voilà un opéra de jeunesse qui tient vraiment la route ! En 1847, après Macbeth et I Masnadieri, Verdi reçoit une commande de l'Opéra de Paris et décide de remanier ses Lombardi de 1843, n'ayant pas le temps d'écrire un nouvel opéra. Jérusalem, néanmoins, est un ouvrage neuf, au-delà de ses sources lombardes. L'action est transposée, les rôles sont refondus, l'écriture des ensembles est élargie pour répondre aux canons du "Grand Opéra français" alors en vogue à Paris. Verdi écrit un ballet, passage parisien obligatoire, qui est donné intégralement sur scène, et joué avec beaucoup de finesse par un orchestre en jolie  forme (superbe lever de soleil au début de premier acte !), emmené par la formidable Speranza Scappucci, chef très applaudie. Elle a frappé par sa maîtrise des ensembles, nombreux dans cet opéra, et par sa fermeté dans les morceaux dramatiques, tels le choeur des prisonniers, ou la marche funèbre du dernier acte. La distribution vocale était dominée par la soprano Elaine Alvarez, que nous avions déjà pu admirer ici à Liège dans Ernani. Certes, l'accent laisse à désirer, mais quelle force dès son "Ave Maria",  quelle puissance aussi dans son air de l'acte II "Quelle ivresse, bonheur suprême", quel tempérament, surtout ! Gaston, ténor de service, a son air : " Je veux encore entendre ta voix" : Marc Laho y est impérial. Le rôle le plus impressionnant est bien sûr Roger, le baryton amoureux de sa nièce et qui veut tuer le ténor. Roberto Scandiuzzi, caverneux, électrise dans son air du premier acte, et campe un portrait saisissant du personnage sans doute le plus caractérisé de l'opéra, jusqu'à sa mort, si prenante, à la toute fin de l'opéra. Il faut aussi citer le cauteleux légat papal de Patrick Delcour, le noble comte de Toulouse d'Ivan Thirion, la charmante Isaure de Natacha Kowalski, l'émir noble d'Alexei Gorbatchev, ou le fier écuyer de Pietro Picone. Bravo bien sûr aux danseurs du ballet de Gianni Santucci : leur apport est essentiel dans un Grand Opéra Français.
Bruno Peeters
Liège, Opéra Royal de Wallonie, le 19 mars 2017

P.S. L’ORW offre un bel essai de 148 pages, dû au musicologue italien Paolo Isotta, traduit par Michel Orcel, comprenant quatre articles de fond sur Jérusalem et une analyse fouillée de la partition.

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