Le retour de Marek Janowski à Genève 

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Au cours de chaque saison, le Service Culturel Migros Classics organise une série de huit concerts symphoniques qui font appel à des orchestres prestigieux ; il s’ingénie aussi à mettre en valeur les compositeurs et artistes suisses, tout en passant commande de nouvelles oeuvres. Et le prix modéré des places et abonnements fait que, par exemple à Genève, la salle du Victoria Hall est pratiquement remplie à 95 %. Le 19 décembre, l’invité était l’Orchestre Symphonique de la Radio de Berlin, l’ex-formation légendaire de la RIAS de Berlin immortalisée par les enregistrements de Ferenc Fricsay chez Deutsche Grammophon. Et la qualité de l’ensemble est évidente dès la première écoute. Quant à son chef attitré Marek Janowski, il est bien connu à Genève puisqu’il a été le directeur musical de l’Orchestre de la Suisse Romande entre 2005 et 2012 : de cette époque on a conservé le souvenir d’interprétations souvent lourdes du grand répertoire germanique, tandis qu’ici un accord de point de vue avec les instrumentistes berlinois fluidifie le discours musical. Ceci se révèle dès les mesures initiales d’une Huitième de Beethoven prise à un tempo extrêmement rapide ; les timbales prennent une place proéminente puisqu’elles ponctuent le phrasé souple où pointent quelques accents véhéments ; et l’Allegro vivace final pétarade comme un saltarello primesautier en exprimant la joie de vivre. La seconde partie du programme est consacrée à l’un des musiciens de prédilection du chef, Anton Bruckner, et à sa Troisième Symphonie en ré mineur. Le Moderato initial recherche la transparence de texture pour faire surgir les lignes de force qui finiront par s’émousser dans une méditation pastorale ; mais le développement atteindra son paroxysme dramatique par un hymne en forme de choral. L’Adagio échafaude ensuite un large cantabile qui est innervé de tensions angoissées, alors que le Scherzo est un moto perpetuo déclamé par les cuivres ; mais le trio leur fera céder le pas pour laisser place à un ländler dansant aux inflexions gaillardes. Le Finale est emporté par une énergie tonitruante qui ne peut s’empêcher de sourire devant une polka aussi inattendue que séduisante ; et les diverses sections s’enchaînent avec un naturel confondant pour conclure sur des éclats triomphants. Comme l’ouvrage est tributaire de l’influence de Wagner, Marek Janowski propose en bis le Prélude au troisième acte des Meistersinger von Nürnberg irradié par un lyrisme généreux. Paul-André Demierre Genève, Victoria Hall, le 19 décembre 2016

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