L’équilibre d’un couple chevronné

par
Brahms Helmchen

Johannes BRAHMS
(1833 - 1897)
Sonate pour violoncelle et piano no. 1 en mi mineur op. 38, Sonate pour violoncelle et piano no. 2 en Fa majeur op. 99
Marie-Élisabeth Hecker, violoncelle – Martin Helmchen, piano – 52’39 – Livret de présentation en français, allemand et anglais – Alpha 223

Difficile de trouver un duo plus complice : unis à la ville comme à la scène, Marie-Élisabeth Hecker et Martin Helmchen nous charment avec des interprétations des sonates pour violoncelle et piano de Brahms rivalisant avec celles des plus illustres duos tels que Du Pré et Barenboim.
La Sonate en mi mineur op. 38 est la première des sonates pour instrument soliste que Brahms ait jugée assez bonne pour être conservée. En effet, perfectionniste, le compositeur avait déjà détruit trois sonates complètes pour piano et violon et acheva l’opus 38 en 1865, après trois ans de travail. Le violoncelliste Joseph Gänsbacher, dédicataire de l’œuvre, partageait avec Brahms une admiration pour les maîtres anciens. C’est peut-être cet engouement commun qui est à l’origine de la Sonate en mi mineur. L’interprétation de cette première sonate, tout en finesse, met en exergue la stylistique référentielle du compositeur. Le premier mouvement, dont le premier thème rappelle vaguement le Contrapunctus III de l’Art de la Fugue, est mené à bien, suivant un tempo légèrement plus rapide que le statu quo. Après un menuet délicat et posé s’élançant à la manière de Haydn ou Mozart, on s’émerveille devant le finale : drame et fougue s’unissent pour clore ce chef-d’œuvre en beauté. La fugue finale, citant explicitement le Contrapunctus XIII, est jouée avec une grande maîtrise dans un tempo déchainé.
La Sonate en Fa majeur op. 99 a été écrite plus de 20 ans après la précédente, immédiatement après la 4ème Symphonie. Nettement plus vertigineuse pour les instruments de par son caractère quasi-symphonique, elle est également très bien maitrisée par le couple. Leur lecture plus passionnelle de l’œuvre souligne judicieusement la différence de caractère entre les deux sonates. On soulignera son troisième mouvement, véritable tour de force, passant en toute beauté de scherzo à trio doux et chantant. L’équilibre entre les instruments, véritable casse-tête dans ce répertoire, est bien dosé. Cependant, dans son souci de s’élever au-dessus du piano, la violoncelliste semble forcer le son de son instrument dans les points culminants. Ce dernier point n’est qu’un détail mineur, puisque la performance du duo est véritablement remarquable. Le piano de Martin Helmchen, souple et toujours à l’écoute, accompagne Marie-Élisabeth Hecker qui excelle dans le lyrisme débridé de Brahms.
Pierre Fontenelle, Reporter de l’IMEP

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