Les cinq symphonies de Krenek

par

Ernst KRENEK  (1900-1991)
Symphonies complètes
NDR Radiophilharmonie Hannover, dir. : Takao UKIGAYA et Alun FRANCIS
DDD-229’ 39’-Livrets de présentation en allemand, anglais et français-CPO 777 695-2 (quatre disques)On associe en général le nom d’Ernst Krenek à Jonny spielt auf (Jonny mène la danse), un opéra qui a été créé à Leipzig en 1927 et qui, dans les deux années suivantes, a été joué quatre cent cinquante fois sur une centaine de scènes, et traduit en dix-huit langues (il a été joué en français au Théâtre des Champs-Élysées en 1928 sous la direction de D.-E. Inghelbrecht). On l’associe également aux musiciens que le Troisième Reich a qualifiés de «dégénérés» et parmi lesquels figurent notamment Franz Schreker, Gideon Klein, Erwin Schulhoff, Franz Schmidt ou Viktor Ullmann. Depuis une trentaine d’années, la plupart d’entre eux sont progressivement redécouverts et, pour ce qui le concerne, Ernst Krenek est sans doute celui dont les œuvres ont connu le plus d’enregistrements discographiques. En 2004, le label Capriccio a par exemple édité un beau coffret reprenant trois de ses opéras en un acte dirigés par Marek Janowski, à la tête de l’Orchestre symphonique de Berlin.

Avec le présent coffret, CPO a regroupé les cinq symphonies du compositeur américain d’origine viennoise, en réalité quatre disques parus naguère chacun isolément (celui où se trouve la Quatrième symphonie n’est sorti qu’en 2011 et constitue une première mondiale). Ce qui frappe, c’est d’abord le fait qu’Ernst Krenek n’en ait jamais écrit que cinq, alors que le catalogue de ses œuvres avoisine les deux cent vingt opus, et c’est ensuite le fait que ces symphonies aient vu le jour à deux époques bien distinctes de sa longue existence: les trois premières en 1921 et 1922, les deux dernières en 1947 et 1949. D’ailleurs, un trou de plus de trente ans sépare l’opéra Karl V de celui qui le suit, Der Goldene Bock (Le Bélier d’or). Trou ou pas, Ernst Krenek n’arrête cependant pas de séduire et, surtout, de montrer que, s’il aime faire des expériences formelles et explorer sans cesse de nouveaux domaines (jusqu’à l’aléatoire), il reste un musicien dynamique et vigoureux qui a aussi bien assimilé les leçons de Brahms que celles de Schoenberg, qui a compris que les lignes claires et les lignes sophistiquées, voire ardues, peuvent parfaitement être unies. Le Concerto grosso opus 25 et le Potpourri opus 54 complètent ici un programme de musique symphonique que les mélomanes un tantinet férus d’éclectisme auraient tort de négliger.

Jean-Baptiste Baronian

Son 8 - Livrets 8 - Répertoire 7 - Interprétation 8

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