Les Musiciens et la Grande Guerre (12)

par

- XXV - Sacrifice
Mélodies de Händel, Ibert, Wilkinson, Manson, Warren, Gurney, Kelly, Butterworth, Hahn, Braunfels, Sigwart et traditionnels
The Flowers of War : C. Benoist (violon), Z. Kornowicz (violon), J. Rezler (violon), P. Mayers (alto), C. Delanoue (violoncelle), A. Goodwin (ténor), D. Novak (accordéon), J. Aikin (cornemuse), Christopher LATHAM (violon, arrangements et direction).
2017-Live-72' 13''- Textes de présentation en français et en anglais - Textes chantés inclus - chanté en anglais et en français - Hortus 725

La fin de l'année 1918 se profile, la fin de cette belle série chez Hortus également. Voici un hommage aux compositeurs qui ont combattu pendant la bataille de la Somme en 1916, bataille terrible - un million de morts en 5 mois (!). Avec son petit ensemble, et le ténor australien Andrew Goodwin, Christopher Latham propose un passionnant récital de mélodies et de petites pièces instrumentales. On y trouve 20 numéros, qu'il est difficile de détailler tous. Oeuvre d'un Jacques Ibert encore au Conservatoire, "Noël en Picardie" impressionne par sa maturité, malgré une nette influence fauréenne. Nous la retrouverons en version originale dans le volume XXVII. Des compositeurs bien connus sont représentés, tels Ivor Gurney, qui mourut gazé en 1937, Georges Butterworth, tué en 1916 ("The lads in their hundreds"), ou le doux Reynaldo Hahn avec sa merveilleuse "A Chloris". Cette série nous avait déjà révélé le délicat musicien australien Frederick Septimus Kelly, présent ici par deux belles élégies pour cordes. Originalité de ce volume : l'inclusion de morceaux traditionnels, pour cornemuse ,ou "The Reel of Tulloch, "La Bataille de la Somme" et "La Retraite au clairon", tous arrangés pour cordes et accordéon, celui-ci très recueilli, émouvant, et superbement détaillé par Andrew Goodwin.

Son 10 - Livret 9 - Répertoire 8 - Interprétation 10

- XXVI - Romance de Guerre
Sonates pour violon et piano de Philippe GAUBERT, Blair FAIRCHILD et Edward ELGAR
Ambroise AUBRUN (violon), Steven VANHAUWAERT (piano).
2018 - 71' 15'' - Texte de présentation en français et en anglais - Hortus 726

L'intérêt immédiat de ce volume réside, bien sûr, dans la première mondiale de la sonate de Blair Fairchild (1877-1933). Compositeur américain, il entretint toute sa vie d'ardents contacts avec la France, entre autres via les soeurs Lili et Nadia Boulanger. Cette sonate de 1919, dédiée à Samuel Dushkin, le créateur du concerto de Stravinsky, se partage en quatre mouvements assez conventionnels, au langage quelque peu ravélien. Le scherzo est écrit sur un rythme fantasque de zortzico basque, et le finale, qui se souvient de Franck, comporte une fugue preste à 2' 16''. La sonate de Gaubert, moins connue que celles pour flûte, évolue dans les mêmes paysages Franck-Fauré. L'allegro initial, allant et enjoué, brille aussi par sa partie de piano. Le "très vif" central évoque tout de suite l'op. 15 de Fauré. Reste la sonate d'Elgar (1919), davantage jouée, avec ses trois mouvements indiqués "audacieux et vigoureux", "fantasque et curieux" et "très ample et apaisé", que les deux interprètes suivent scrupuleusement, malgré une légère baisse de tension dans le finale. Le CD s'achève sur  "Prunella", une petite page de Benjamin Dale (1885-1943), musicien qui eut la malchance de se trouver à Bayreuth pendant l'été 1914, et s'est retrouvé prisonnier de guerre du jour au lendemain.

Son 10 - Livret 9 - Répertoire 9 - Interprétation 9

- XXVII - Catharsis
Musique de chambre et pièces pour piano de Philippe GAUBERT, Jacques IBERT, et Déodat de SEVERAC
Amaury BREYNE (piano Steinway 1906), Pierre POUILLAUDE (flûte), Yasmine HAMMANI (violon).
2018 - 58' 15'' - Textes de présentation en anglais et en français (bien alambiqués ou mal traduits) - Hortus 727

La première des trois sonates pour flûte de Gaubert entame joyeusement ce volume, avec ce ton si fluide, si français, auquel le musicien nous a habitués. Le deuxième mouvement, hésitant, se développe comme en fragments d'un parcours onirique. Le finale fera oublier cet étrange désarroi : il revient à l'équilibre, et à la facture fauréenne du début. La version originale du "Noël en Picardie", de Jacques Ibert, dont nous avons pu apprécier une transcription dans le volume XXV, nous paraît ici bien moins tendue, bien moins dramatique aussi. Peut-être la prise de son y est-elle pour quelque chose, mais il faut presque attendre la coda pour enfin entendre la puissance et l'évocation de la partition. "Sous les Lauriers Roses" de Déodat de Séverac, ne compte pas parmi ses meilleurs cycles pianistiques, comme "Cerdana" ou "En Languedoc". Plus tardif (1918), d'une traite (20'), et non divisé en pièces, il apparaît un peu disparate, une sorte de "fourre-tout". Heureusement, le CD se termine par une charmante oeuvre de Philipe Gaubert à nouveau, "Médailles antiques", pour flûte, violon et piano de 1916, dans la plus pure tradition chambresque française des Roussel, Cras ou Pierné : un délice !

Son 8 - Livret 8 - Répertoire 9 - Interprétation 9

Bruno Peeters

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