Les sarcasmes de Prokofiev

par
Proko Mustonen

Serge PROKOFIEV
(1891 - 1953)
Concerto pour piano et orchestre n° 2 en sol mineur op. 16–Concerto pour piano et orchestre n° 5 en sol majeur op. 55
Olli MUSTONEN (piano), Finnish Radio Symphony Orchestra, dir. : Hannu LINTU
DDD–2017– 57’ 58’’–Textes de présentation en anglais et en finnois–Ondine ODE 1288-2

Son Concerto pour piano et orchestre n° 2, Serge Prokofiev l’a lui-même exécuté pour la première fois le 5 septembre 1913 au palais de Pavlovsk près de Saint-Pétersbourg, sous la direction d’Alexandre Aslanov, déchaînant l’hostilité d’une grande partie des spectateurs et faisant dire à de nombreux critiques présents dans la salle qu’il s’agissait là d’une musique « futuriste » de nature à rendre fou. On raconte que Serge Prokofiev s’en était réjoui, un peu comme Igor Stravinski, quelques mois plus tôt, à la création du Sacre du Printemps à Paris. Il allait néanmoins revoir sa partition une décennie plus tard et en proposer une seconde mouture, le 8 mai 1924 à Paris, cette fois sous la direction de Serge Koussevitzky. C’est celle qu’on joue depuis – une œuvre divisée en quatre mouvements (à l’image du Concerto n° 2 de Johannes Brahms), alerte, pugnace, un tantinet nostalgique et sentimentale, sarcastique à souhait, bel exemple de l’art et de la manière de l’auteur du formidable Chout, un des compositeurs du XXe siècle parmi les plus enregistrés (bien entendu, pour le plus grand plaisir des discophiles).
Son interprète sur ce disque, le Finlandais Olli Mustonen, qui est non seulement pianiste, mais aussi chef d’orchestre et compositeur, se montre très appliqué, et il est même excellent dans les parties lyriques et plus retenues de l’œuvre (car il y en a). Il lui manque toutefois ce petit grain folie qu’on aime toujours entendre dans les cinq concertos et les neuf sonates pour piano de Serge Prokofiev, et qu’on ne retrouve pas non plus dans l’exécution du Concerto pour piano et orchestre n° 5, dont la création par l’Orchestre Philharmonique de Berlin dirigé par Wilhelm Furtwängler date, elle, du 31 octobre 1932. Avec « ses traits fulgurants entrecoupés de thèmes éphémères, son dynamisme, son caractère contrasté » (Claude Samuel), et avec ses cinq mouvements, il ne ressemble à aucun autre. D’ailleurs, en l’écrivant, Serge Prokofiev avait eu, selon ses propres mots, le souci de « créer une technique différente » de celle de ses concertos précédents et avait même songé à l’intituler le plus simplement du monde Musique pour piano et orchestre.
Jean-Baptiste Baronian

Son 9 – Livret 6 – Répertoire 10 – Interprétation 7

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