L'Opinion publique applaudit !

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Jodie Devos et Papuna Tchuradze © Lorraine Wauters - Opéra Royal de Wallonie

Orphée aux enfers
A l'ORW, le spectacle de fin d'année est toujours choisi avec soin. Ces derniers temps, Offenbach a la cote. Après La Grande-Duchesse de Gerolstein puis La Belle Hélène, voici Orphée aux enfers, toujours sous la direction musicale racée de Cyril Englebert, que nous avions aussi admiré dans la rare Manon Lescaut d'Auber.Claire Servais, secondée par une chorégraphie impeccable (Gianni Santucci) et de somptueux costumes (Jorge Jara), offre au public un spectacle rôdé à la perfection. Sa mise en scène démarre dans le monde contemporain, avec l'annonce de l'Opinion Publique,  présentatrice télé (Alexise Yerna). Le premier tableau enchaîne les trouvailles : Eurydice (Jodie Devos) repassant dans les coulisses d'un théâtre annonçant La Damnation de Faust (que l'ORW monte en février...), arrivée du marchand de miel Aristée (Thomas Morris) en 2 CV sous la bannière de l'Angélus de Millet, confrontation d'Orphée (Papuna Tchuradze) avec les animaux à charmer, tout cela baigne dans un climat fantaisiste efficace et fort amusant. Climat qui se poursuivra au deuxième tableau, au cadre plus impressionnant : l'Olympe. Dans un amphithéâtre bleuté, les dieux se prélassent et jouent leur numéro : Natacha Kowalski en Cupidon à cocottes, Junon (Laura Baliodemaj) cite Don Giovanni, Pluton, qui fut Aristée, cite lui Robert le Diable, sans oublier la jolie Minerve d'Alexia Saffery, la Diane déchaînée de Sarah Defrise et sa meute de chiens hurlants, l'aérien Mercure d'André Gass, et, bien sûr, le dieu des dieux, Jupiter, royalement servi par Pierre Doyen. Au finale, tout ce monde joyeux part pour les enfers en un vol d'Air Olympe !  L'inénarrable John Styx de Frédéric Longbois, touche-à-tout de génie, inaugure un second acte brillantissime, qui verra Jodie Devos au zénith de son talent dans ses couplets du regret "Ah ! Quelle triste destinée", dans le fameux duo de la mouche, et dans une époustouflante incarnation de bacchante échevelée. Le ballet des démons, baigné dans une lumière rouge des plus infernales (Chatelet-Wéry) est une grande réussite, et Pierre Doyen/Jupiter danse le menuet à faire pâlir Louis XV. Cyril Englebert y souligne la délicatesse de l'orchestration d'Offenbach, qui mérite bien ici son surnom de "Mozart des Champs-Elysées". Le célébrissime cancan final, donné sans aucune vulgarité, conclut la soirée avec joie et entrain.
Bruno Peeters
Liège, Opéra Royal de Wallonie, le 20 décembre 2016

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