Magdalena Kozena en concert d'Astrée

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Comment refuser un moment de grâce annoncé ? Une des plus belles voix de notre époque accompagnée par un ensemble de toute première grandeur ! Et, en effet, la soirée fut grandiose. Mezzo d'une délicatesse soignée Magdalena Kozena peut tout chanter, de Monteverdi à la musique contemporaine, en passant par Gluck, Mahler ou Debussy. Actuellement, comme elle le confie dans le programme, elle se consacre davantage à la musique baroque. Quant à Emmanuelle Haïm, elle a fondé son Concert d'Astrée en 2000, et dirige dans le monde entier, de Chicago à Berlin ou à Vienne, et sa connaissance du répertoire baroque français est reconnue et admirée.  Leur association ne pouvait que produire des étincelles, et c'est tout illuminé par celles-ci que le public offrit un triomphe aux deux artistes. La première partie était consacrée à Jean-Philippe Rameau. Tout de suite, on a été frappé par l'immédiateté de l'interprétation du Concert d'Astrée : un souffle, une vivacité, une rythmique, un entrain extraordinaires. La suite d'Hippolyte & Aricie comprenait trois airs chantés dont l'admirable air de Phèdre : "Quelle plainte en ces lieux m'appelle", où Kozena a enchanté par un art exemplaire du récitatif et de la tension  dramatique. La suite de Dardanus, exclusivement instrumentale, focalisa l'attention sur Emmanuelle Haïm et le plaisir de jouer de ses vingt musiciens aguerris, à la netteté d'articulation impeccable, et à l'ébouriffante rapidité de traits. Joyeux "Tambourins", "Air tendre.Calme des sens" si mélodique, admirable chaconne finale, tout concourait au plus grand plaisr de l'oeil et de l'esprit. Magdalena Kozena clôturait la première partie par le célèbre "Tristes apprêts" de Castor & Pollux, où Rameau annonce Gluck, par un sens sublime du tragique. La seconde partie débutait par de très importants extraits de l'opéra Médée de Marc-Antoine Charpentier. Kozena s'y montra remarquable, en particulier dans les trois airs de l'héroïne pris dans les actes III, IV et V, que l'on n'aurait peut-être pas dû faire se succéder : la crédibilité dramatique en pâtissait quelque peu. Retour à Rameau pour la fin du concert, avec de larges fragments de l'opéra-ballet Les Indes galantes, dont les deux airs magnifiques : "Vaste empire des mers", avec force éoliphone et tôle imitant la tempête, et "Fuyez, fuyez, vents orageux", où la mezzo morave donna le meilleur d'elle-même : un vrai bouquet final ! Deux petits bis (une danse populaire de Marin Marais, et un air virtuose en diable de Haendel) ont terminé cette soirée de pur bonheur musical.
Bruno Peeters
Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, le 6 décembre 2016

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