Magnifique et rare intégrale de l'oeuvre pour piano de Schumann

par
Ciocarlie

Robert SCHUMANN
(1810 - 1856)
Intégrale de l'oeuvre pour piano seul
Dana Ciocarlie (piano)
2017- DDD-13 CD (un peu plus de 14h)-Textes de présentation en français, anglais, allemand, japonais-La Dolce Volta LDV 179.1 

L'intégrale de l'oeuvre pour piano seul de Schumann, en "live" de surcroît, est une denrée fort rare. On a connu celles de Karl Engel, Reine Gianoli, Jörg Demus et, plus récemment, Eric Le Sage... Aucune ne nous comblait vraiment. On se réjouissait d'en espérer une de Catherine Collard, tant cette pianiste que les dieux nous ont enlevée trop tôt était investie du compositeur. Aurait-elle passé la main à Dana Ciocarlie, pianiste roumaine venue rejoindre Paris pour parfaire sa formation auprès de Victoria Melki, Dominique Merlet et Georges Pludermacher ? On retrouve ici, intensément habités et traduits, les idiomes schumanniens, ces termes allemands qui n'ont pas d'équivalents en français : le Fantasieren, l'Humor, la Sehnsucht, cette rythmique aussi, propre à la musique de Schumann, ces mouvances de l'humeur qui semblent improvisées pour traduire une profonde intimité. Dans le livret de la main de la pianiste, elle rappelle une lettre de Schumann de 1828 : "Ce que les hommes ne peuvent me donner, la musique me le donne; tous les hauts sentiments que je ne puis traduire, le piano les dit pour moi". Ce qui nous rappelle une autre phrase de son Journal Intime : "Je ne parlais pas volontiers de musique si ce n'est aux arbres et aux oiseaux".  Et si Dana Ciocarlie connaît bien la musique de Schumann pour avoir animé pendant onze ans l'"Atelier du musicien" aux côtés de Jean-Pierre Derrien sur France Musique -où il était souvent question de l'atelier de Schumann, tout autre chose est de l'interpréter, de se laisser totalement habiter jusqu'à se perdre, se fondre dans le compositeur au bord du gouffre tout en gardant la maîtrise du jeu. Du grand art ! 
La pianiste avoue que l'entreprise d'une intégrale est un peu folle, mais elle était irrésistible pour elle, habitée depuis toujours par l'oeuvre du compositeur. En 1996, elle fut remarquée au Concours Robert Schumann de Zwickau où trente ans plus tôt, Elisso Virssaladze, autre grande schumannienne remportait le Grand Prix. Entre mars 2012 et octobre 2016 elle réalisa son rêve au Palais de Béhague, hôtel particulier du 7e arrondissement, résidence de l'ambassadeur de Roumanie. Quinze récitals en direct sur un excellent Yamaha CFX, une belle acoustique, des captations pour le label La Dolce Volta qui se trompe rarement dans le choix de ses interprètes. Dana Ciocarlie devait captiver le public car on n'entend aucun bruit de salle. Une intégrale indispensable pour pénétrer intimement cet univers bigarré de Schumann dont l'interprète nous confie un fil d'Ariane. 
Bernadette Beyne

Son 10 - Livret 10 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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