Momo : Les Festivals de Wallonie servent du grand cru aux familles 

par
Momo

Alyssia Lemaire © Mohamed Yamani

« Momo, ou l’étrange histoire des voleurs de temps et de la jeune enfant qui rendit aux gens le temps volé. »  Création et direction musicale: Patrick LETERME Arrangements: Nicolas STEVENS Costumes: Gaël BROS Chorégraphie: Matteo GHEZA Lumières: Julien PLACENTINO Solistes: Chris DE MOOR, Leandro LOPEZ GARCIA, Lionel COUCHARD Choeur d'enfants et Orchestre: Festivals de Wallonie Depuis 2009, Les Festivals de Wallonie s’attachent à proposer une production spécialement destinée au jeune public. Après « Okilélé » (2015) et « Yokaï » (2016), c’est de nouveau à Patrick Leterme que revient la création et la direction artistique de « Momo » qui tournera tout l’été et l’automne, réunissant environ 3500 spectateurs. L’une des particularités de son travail : rassembler sur scène des enfants dont le professionnalisme et la présence scénique coupent le souffle, sélectionnés sur base d’auditions ouvertes. Treize enfants âgés de 10 à 15 ans, bien plus que de simples choristes, assument chacun des rôles exigeants, alliant le chant, la danse et le théâtre. « L’histoire est celle d’une petite fille issue de nulle part, plongée au cœur d’une cité dont le quotidien des habitants va se trouver chamboulé sous l’impulsion de mystérieux Messieurs Gris. Travailler toujours davantage, rentabiliser son temps au maximum, économiser les moments inutiles... tel devient le mantra de ces adultes soudainement obnubilés par cette course éperdue à la productivité, quel qu’en soit le prix à payer, quitte à abandonner leurs enfants à leur propre sort... Mais s’il y a bien une chose que Momo sait faire mieux que quiconque, c’est écouter, et cette petite fille délivrée de toute attache matérielle, contre laquelle les Messieurs Gris n’ont aucune prise, aura tôt fait de découvrir qu’elle a la capacité de changer le cours des choses et du monde qui l’entoure. » Le roman de Michael Ende, très peu connu dans nos contrées (certains se souviendront éventuellement de L’histoire sans fin du même auteur), est en quelques sortes Le Petit Prince des Allemands. « Nous voulions nous inspirer d’une histoire qui en vaut la peine », explique Patrick Leterme « et c’était l’occasion de faire passer au-delà de la frontière un bijou de littérature. » Écrite entre 1967 et 1973, l’histoire de Momo résonne étonnamment fort avec l’actualité par sa critique du capitalisme tout-puissant. Mais le propos, bien qu’aux penchants gauchistes, est nuancé et loin d’être simpliste (un scène de manifestation dépeint aussi le revers des révolutions destructrices qui ne mènent à rien!). En osant aborder avec les enfants des thèmes abstraits et relatifs tels que celui du temps, en osant leur poser des questions politiques et philosophiques, et sans sous-estimer leur capacité à les comprendre dans toute leur profondeur, l’œuvre se démarque d’un répertoire pour enfants trop souvent grossièrement niais. Patrick Leterme montrer que les « enfants ne sont pas des petits princes et des petites princesses qui sont là pour enjoliver la vie des adultes » mais qu’ils sont, eux aussi, parfois en colère, et qu’ils ont des choses à dire. Pour Alicia, 11 ans, c’est un rêve qui se réalise que d’assumer le rôle principal : « Ca me fait chaud au cœur, c’est pas tous les jours qu’on peut faire ça ! » Sa participation à Okilélé il y a deux ans ne l’avait pas laissée indifférente. « Quand on m’a proposé d’auditionner pour Momo, j’ai pas hésité une seconde parce que j’aime bien travailler avec Patrick, il nous apprend pleins de trucs ! »  Les douze enfants qui partagent la scène avec elle semblent tous plus investis les uns que les autres. C’est avec beaucoup de courage qu’ils ont travaillé pendant leurs vacances de Carnaval et de Pâques et tous les dimanches du mois de mai et juin, ainsi qu’en autonomie grâce à des partitions et des enregistrements. Les rythmes et les mélodies qu’ils ont dû apprendre ne sont pas toujours si simples, alliées à des chorégraphies difficiles et un jeu d’acteurs soigné ! « C’est beaucoup de travail, mais ça vaut la peine. Et puis les gens qui sont là aiment bien faire ça, donc c’est pas comme quand on est forcés d’étudier pour quelque chose qu’on n’a pas choisi. » La musique de Patrick Leterme est tantôt très classique, tantôt colorée de jazz, puis apparaît une batterie électrique… « Le pari, c’est d’amener des mondes musicaux qui ne se croisent jamais. Il y a quelque chose de beau dans le fait d’être au carrefour de choses différentes, de les connecter. »  Son souhait est que les « classiqueux » ne se cloîtrent pas, et que les jeunes qui n’ont jamais mis un pied dans une maison d’opéra découvrent quelque chose. Le but n’est pas de créer « un seul style qui ne ressemble à aucun autre et qui soit le même du début à la fin » mais de se demander « quand il y a une émotion, quel est le style qui va la traduire ? ». Quand les enfants sont tristes parce que leurs parents qui les ont abandonnés, c’est un peu du Michel Legrand, quand Gigi chante, c’est un peu du Rossini,… La partition regorge de clins d’œil à toutes sortes de styles. Comment faire pour que cette musique atypique parle aux jeunes ? « J’ai envie d’écouter ce qu’ils entendent aujourd’hui, d’utiliser cette énergie, pour ne pas leur amener quelque chose qui ne leur correspond pas, mais en même temps de montrer qu’on peut faire tout ça avec un univers culturel et artistique qui n’est pas seulement comme aller voir Kids United à Forest National. Il y a moyen d’être avec eux tout en élargissant la palette de goût. » Alors qu’Okilélé portait le titre d’opéra pour enfant, Momo est présenté comme un théâtre musical. Ce choix est loin d’être anodin pour Patrick Leterme: « Dans le cadre d’Okilélé, on avait un peu volé le terme opéra […] Il y a quand même une ambiguïté sur le terme "opéra pour enfants". Par exemple, on dit que Brundibár [qu’il avait dirigé en 2014] est un opéra pour enfants, alors qu’il y a beaucoup de textes parlés. Si l’on considère qu’un opéra est entièrement chanté, y compris les dialogues en récitatifs, Brundibár n’en est pas un. Et pourtant, dans le cadre d’opéras pour enfants, on se dit que si c’est une histoire avec beaucoup de musique, on peut utiliser ce terme. Et cette idée-là me plaisait bien, parce que les enfants sont alors connectés au mot opéra qu’ils n’entendent pas souvent. Pour Momo, ce n’est pas le terme que l'on a volé mais trois chanteurs issus du monde lyrique. » Le ténor Lionel Couchard, joue le rôle de Gigi, un guide touristique extraverti et joyeux qui s’exprime en récitatifs quasi Rossiniens. Les barytons Chris de Moor (un balayeur philosophe) Leandro Lopez Garcia (le Maître du Temps) impressionneront sans doute les jeunes avec leurs grandes voix opératiques. Mais pourquoi théâtre musical plutôt que comédie musicale ? « Le terme théâtre musical se justifiait plus parce qu’il y a beaucoup plus de scènes parlées que dans Okilélé. Par contre, j’ai voulu éviter le mot comédie musicale qui a une telle étiquette "tarte à la crème" et un peu cheap. J’avais donc demandé qu’on utilise la traduction du terme anglais utilisé à Broadway ou à Londres qui est "Musical Theater". Voilà un terme noble ­­— dire que l’on fait du théâtre avec de la musique, sans utiliser le mot comédie qui sous-entendrait que la musique apporte d’office un effet comique.» Destinée aux enfants à partir de 8 ans, les adolescents y trouveront aussi leur compte, et l’histoire retentira sans doute encore différemment dans les oreilles des parents ! Finalement, on se demande s’ils ne sont pas les véritables destinataires du message de MomoAline Giaux, reporter de l'IMEP Momo sera en tournée à : Bruxelles - 02.07 - 11h - Flagey Marche - 15.07 - 15h - Centre Culturel Stavelot - 31.07 - 16 h - Salle François Prume Tubize - 01.10 - 16h - Centre Culturel Charleroi - 08.10 - 16h - Palais des Beaux-Arts Liège - 27.10 - 19h - Opéra Royal de Liège La Louvière - 28.04 - 17h - Théâtre Communal Welkenraedt - 29.04 - 16h - Centre Culturel de Welkenraedt

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