Pas si académique que ça, Hindemith

par
Hindemith

Paul HINDEMITH (1895 - 1963) Intégrale de la musique de chambre pour clarinette Davide BANDIERI (clarinette), Duccio Ceccanti, Alexander Grytsayenko (violons), Vittorio Ceccanti, Joël Marosi (violoncelles), Marc-Antoine Bonanomi (contrebasse), Matteo Fossi (piano), Quatuor Savinio 2017-DDD- 42' 55'' et 45' 50''-Notice en anglais-Brilliant Classics 95295

Voici un petit album de deux disques tout à fait intéressant. On pourrait qualifier le premier de classique, le second d'expérimental, car Hindemith a présenté ces deux profils. Deux pages costaudes ouvrent le concert, et tout d'abord, le Quatuor pour clarinette, violon, violoncelle et piano de 1938, archétype de la grande maîtrise instrumentale  d'Hindemith. La durée des mouvements va en s'allongeant. Un imposant "Mässig bewegt", au rythme qui va  paisiblement de l'avant, si caractéristique de l'auteur, précède un mouvement lent à la poésie raffinée, magnifiée par le jeu nuancé et doux de Davide Bandieri. Le long finale (plus de 10') se découpe en plusieurs parties : une introduction lyrique, dans laquelle excelle le piano de Matteo Fossi, puis un mouvement perpétuel très brillant, et enfin, un "finale du finale" avec une nouvelle introduction allègre et chantante, une toccata pour le piano seul et une coda grandiose. Il existe une superbe version de ce quatuor, avec la clarinette de Charles Neidich (Cobra Records). Celle-ci n'a rien à lui envier. L'année suivante, le compositeur poursuit sa série de dix sonates pour vents et piano avec cette Sonate pour clarinette et piano, qu'Harry Halbreich qualifie de "spécialement belle". Cette sonate, tour à tour vigoureuse ou méditative, témoigne dans son "Sehr langsam" de ce lyrisme intense qui inspira le ballet Nobilissima Visione, composé à la même époque. Voilà une page maîtresse. L'oeuvre finit par un bref et charmant rondo, qui fait parfois penser à... Chostakovitch. Après l'aspect classique, voici l'élément expérimental. Toutes les oeuvres réunies dans ce CD 2 sont curieuses et montrent un Hindemith bien loin de l'académisme auquel on l'a trop souvent confiné. Neuf petites pièces, pour l'association insolite clarinette et contrebasse, ouvrent cette deuxième partie. Intitulées "Musikalisches Blumengärtlein und Leÿptziger Allelerleÿ", elles sont austères sans doute, quoique les plages 6 et 8 soient bien agréables à écouter. Avant la grosse pièce qu'est le Quintette, les interprètes nous font entendre deux curiosités qui raviront les hindemithiens. Pour un festival à Plön, ville proche de Kiel dans le Schleswig-Holstein, le compositeur écrivit quelques petites pages pour différents instruments, dont cet "Abendkonzert", lequel inclut deux jolis duos pour clarinette et violon, puis quelques variations pour clarinette et cordes (c'est ici qu'intervient le Quatuor Savinio). Ludus minor fait, bien sûr, référence au fameux Ludus tonalis pour piano, de 1942 : deux ans plus tard, Hindemith écrit une petite suite pour clarinette et violoncelle, destinée à l'exécution privée, et qui ne fut découverte qu'en 1995. Trois fugues se suivent, reliées par de brefs interludes. Le contrepoint pur peut s'avérer moins sévère qu'on ne le croit, surtout s'il est présenté de manière simple comme ici, et joué souverainement par Bandieri et Marosi. Mais voici l'oeuvre majeure du second disque, l'imposant Quintette pour clarinette et cordes. Bien loin de l'ambiance enjouée du Quatuor à clavier, il est aussi éloigné des quintettes de Brahms ou de Reger. Cinq mouvements contrastés : une introduction impétueuse, un lent "Ruhig" polyphonique à l'extrême, impressionnant de maîtrise, un rapide scherzo en forme de "Ländler", dans lequel Bandieri se déchaîne, un "Arioso" bizarre, pour violon sur pizzicato, dans lequel la clarinette n'a que trois notes tenues à jouer, puis un finale, exacte inversion du premier mouvement. Oeuvre curieuse donc, qui ne sera jamais populaire, mais qui dénote à nouveau cet Hindemith moderniste : s'il a voulu réviser en 1955 un opus de 1923, c'est qu'il y tenait, et que sa volonté de "modernité" ne se limitait pas à sa jeunesse. N'était la notice en anglais uniquement, et passablement indigente, ce CD frôlait le Joker. Bruno Peeters

Son 10 - Livret 8 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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