Le point final d'une saison exemplaire.

par
Otello

Jose Cura © Lorraine Wauters

Otello de Giuseppe Verdi
Dernier spectacle de la saison de l'Opéra Royal de Wallonie, cet Otello se situe dans le droit fil des productions du directeur Stefano Mazzonis di Pralafera : traditionnelle, lisible, immédiate. Au vu du grand succès de la première, le public, toujours nombreux à Liège, a apprécié. Jolis effets pour la tempête initiale (mais moins spectaculaires qu'en mai 2011 sous le chapiteau), bonne direction d'acteurs et, surtout, admirables costumes de Fernand Ruiz. Comme il n'y avait pas - pour une fois - de transposition, ces costumes devaient ressembler à ceux portés à Chypre à la fin du XVème siècle. La robe de Desdémone à l'acte III était tout simplement sublime, et le tableau des ambassadeurs vénitiens rutilait de luxe et de magnificence : un grand bravo ! Il est bien agréable de voir encore cela de nos jours.  La seule entorse à la tradition se situait à la fin : au début de l'acte IV, Iago donne un poignard à Otello. Desdémone ne meurt donc pas étouffée. Et ensuite Cassio tue Iago. Après un départ un peu hasardeux (un Esultate court et prudent, quelques décalages entre le plateau et la fosse), le premier acte s'est bien déroulé, avec un joli Brindisi de Iago et un duo d'amour correct. Pierre-Yves Pruvot, petit à petit, s'affirmait comme un excellent Iago, plus cauteleux que maléfique, et son évocation de la jalousie E un'idra fosca donnait la chair de poule. Et quelle maîtrise du legato dans le récit du songe ! Il va sans dire que le duo final électrisa la salle, comme toujours. Le troisième acte voyait le triomphe de l'Otello de José Cura, vraie bête de scène et grand habitué de l'Opéra Royal de Wallonie. Ses dialogues furieux avec Iago, puis son fameux monologue Dio ! mi potevi scagliar étaient d'un grand artiste dramatique. Quant au concertato final, grandiose, il a démontré l'habileté de Stefano Mazzonis di Pralafera dans le maniement des foules. Ce fut là sans doute le sommet de la soirée, ensemble des solistes, puissance du choeur et de l'orchestre : un grand moment d'opéra. Bien plus intime, le quatrième et dernier acte se focalise sur le personnage de Desdémone, admirablement chanté par Cinzia Forte, qui, très habilement, a uni, durant tout l'opéra, la puissance à l'émotion : son dernier adieu à Emilia était bouleversant. Blessé, meurtri tel un fauve aux abois, Cura a livré un Niun mi tema tout aussi émouvant. Parmi les seconds rôles, signalons la belle Emilia d'Alexise Yerna, superbement vêtue, le Cassio timide et très crédible de Giulio Pelligra, et le Lodovico aussi impressionnant physiquement que vocalement de Roger Joakim. Paolo Arrivabeni, dans son ultime apparition en tant que directeur musical de l'Opéra Royal de Wallonie, a recueilli tous les suffrages en dirigeant cet orchestre qu'il connaît si bien. Les choeurs de Pierre Iodice ont livré une prestation magnifique, tant durant la violente tempête initiale que lors de l'adorable petite scène de l'offrande des fleurs souvent passée sous silence et ici particulièrement réussie. En conclusion, un Otello dans la pure tradition de l'opéra Royal de Wallonie : chanteurs renommés, orchestre maison très au point, et mise en scène classique. Le point final d'une saison exemplaire.
Bruno Peeters
Liège, Opéra Royal de Wallonie, le 16 juin 2017

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